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Nelson Goerner et Philippe Herreweghe réunis dans Brahms à Radio France

Délaissant pour un soir son Orchestre des Champs-Élysées, a dirigé l’, dans deux grands monuments de : le Concerto pour piano et orchestre n° 2 et le Symphonie n° 1. était au piano.

On ne peut que louer les qualités de , musicien et chef qui fait merveille avec l’Orchestre des Champs-Élysées qu’il a créé voici trente ans. Mais son exigence et sa vision musicale, qu’il sait imposer et partager en parfaite connivence avec les musiciens qui le pratiquent depuis des années, avec lesquels il a tissé des liens profonds, et qui ont donné des réalisations musicales inoubliables, sont parfois malmenées, en totale dichotomie avec sa façon de diriger. Ce qu’il obtient de son orchestre peut devenir alors hasardeux lorsqu’il se trouve occasionnellement face à une autre phalange, en l’occurrence l’. Sa gestique est une énigme. Dirige-t-il seulement ? se demande-t-on en le voyant, alors que l’on tente de comprendre le mouvement de ses mains sur la musique qui jaillit de l’orchestre. Plus que minimaliste, brouillonne, elle pose problème à plusieurs reprises ce soir du 25 mai à l’Auditorium de la maison ronde. 

Premier volet du diptyque brahmsien proposé, le Concerto pour piano et orchestre n°2 en si bémol majeur op. 83 en souffre quelque peu, donnant le sentiment d’un orchestre jouant parfois sur le fil, livré à lui-même. Des décalages au sein des pupitres se font entendre ici et là, et plus gênantes, des entrées instrumentales ratées, telle celle du cor au milieu du premier mouvement, parti un temps trop tôt, à découvert, laissant ensuite la flûte bien seule alors qu’ils devraient chanter d’une même voix. L’introduction initiale de ce mouvement par le cor, plus étalée qu’à l’accoutumée, semble en outre décontenancer un court instant qui reprend les rênes du discours non sans un brin de tension, imposant sa carrure avec autorité et vigueur. Le pianiste, qui connait en profondeur l’œuvre qu’il a enregistrée en 2009, se fait progressivement le meilleur allié de l’orchestre, et surtout son plus sûr pilier, dans ce concerto qui enchâsse si intimement l’instrument soliste dans le tissu orchestral. Herreweghe, de sa battue expéditive et plus qu’économe, s’attache à fixer le cadre, parvenant à ériger la construction en visant la netteté du trait, s’intéressant à la structure rythmique plus qu’au galbe des phrases et à l’opulence sonore. A contrario, , portant souvent ses regards vers ses partenaires musiciens, conduit la narration dans une expression poétique intense et soutenue, unifiée, riche de couleurs, de profondeur, alternant passages nocturnes, sonorités souterraines, impalpables, et véhémence et lyrisme exalté (deuxième mouvement). Moment de grâce, la tendre et soyeuse mélopée du violoncelle solo crée dans le troisième mouvement un moment d’harmonie parfaite avec le piano, d’une paisible et enveloppante douceur. Le dernier mouvement trouve son esprit de légèreté, en dépit là encore de légers décalages, le jeu du pianiste captant idéalement la lumière de ses pétillantes notes aigües. Autre moment de grâce, l’intimiste Intermezzo op.118 n°2 donné en bis par Nelson Goerner, en clôture de cette première partie pianistique, nous fait retenir notre souffle. 

La Symphonie n°1 en ut mineur op. 68 donnée après l’entracte, nous laisse perplexes. Certes une belle énergie émane du premier mouvement, d’une tenue rythmique irréprochable. Mais les cordes étant en sous-effectif, manquent d’étoffe, de rondeur et de largeur sonores, leur ligne de chant trop tendue, sèche, effilée, sous la prééminence des cuivres. L’orchestre aux pupitres déséquilibrés (cuivres envahissants, magnifique pupitre de bois, insuffisance des cordes) tire pourtant son épingle du jeu avec des solos instrumentaux aux phrasés impeccables et émouvants : ceux du premier hautbois solo dans le premier mouvement, puis le somptueux duo clarinette-hautbois dans le deuxième mouvement, celui également si sensible du violon d’Hélène Collerette, aux aigus très purs et au fin vibrato. Le troisième mouvement (un poco allegretto e grazioso), aérien et lumineux, est sans doute le plus réussi, avançant léger, vers un finale qui promet d’être fervent et chaleureux. En dépit de sa fin théâtrale, il lui manque en définitive cette ampleur enveloppante, cette générosité du souffle, ce vaste espace qui doit s’ouvrir devant nous, qui n’appartiennent plus à Beethoven, mais qui sont indéniablement la signature des symphonies de Brahms. 

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