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Simon Rattle dirige le LSO dans Ligeti, Wagner, Jolas et Brahms à Paris

À un an de la fin de son mandat, montre en concert à Paris son entente toujours parfaite avec le , dans un programme comme lui seul sait faire.

Le rapport entre Ligeti, Wagner, Jolas ou Brahms ? Il faudrait chercher longtemps pour parvenir à trouver des liens directs, mais c’est comme cela que construit ses programmes depuis des décennies, assumant l’éclectisme anglo-saxon plutôt qu’une réelle cohérence. Alors on entre dans le concert parisien de fin de saison du toujours superbe par Atmosphères de Ligeti, ouvrage sans début ni fin qui permet de créer un léger tapis musical d’un peu moins de dix minutes, enchaîné directement – c’est courant et Metzmacher faisait déjà de même dix ans plus tôt à la Salle Pleyel- à la matière en développement du Prélude de l’Acte I de Lohengrin.

Sans rechercher autre chose qu’une belle plénitude symphonique, Rattle traite finement les deux œuvres, surtout portées par les cordes et par d’infimes variations, à l’intérieur d’un matériau qui semble au premier abord continu. Rapidement sorti de scène, il est rappelé par les martèlements de deux percussionnistes, qui créent comme une annonce avant l’arrivée des artistes, le chef anglais cette fois accompagné du pianiste et du trompettiste . Le percussionniste d’arrière-scène reprend son mouvement frénétique pour lancer l’œuvre prévue : Histoires vraies de , commandée par les deux solistes en présence désireux de jouer ensemble, puis créée par eux en 2016 à Monte-Carlo, sous la direction de Kazuki Yamada.

Dans un traitement orchestral qui démontre la maturité d’écriture de la compositrice, née seulement trois ans après Ligeti mais encore présente en salle aujourd’hui à 95 ans pour assister à l’interprétation, l’œuvre considérée comme une suite concertante développe des éléments autour desquels elle tourne et s’intègre. Le mouvement cadencé du début, censé représenter les applaudissements, réapparait donc à plusieurs moments, tout comme les nombreuses mélodies ou courts thèmes, souvent lancés par la trompette inaltérable d’Hardenberger, secondées par les échos de l’orchestre. Le piano s’intègre avec des parties souvent denses, à la manière de certaines partitions de Schönberg ou Boulez, jusqu’à ce que la trompette tente une dernière échappée, conclue par un accord brusque du tutti.


En seconde partie, la Symphonie n° 2 de Brahms ramène Rattle dans ses travers et bien qu’il soit mieux suivi par sa formation londonienne que par son ancien orchestre berlinois, rien ne convainc vraiment. Débutée comme une symphonie de Schumann, voire comme l’un de ses oratorios, la partition romantique peine à trouver du volume dans une interprétation toujours souple, mais où les cordes ne créent jamais d’assise, tandis qu’on profite de mises en avant parcellaires, ici les bois, là un pizz, ici un solo de cor, selon l’habitude du chef. Avec un orchestre aussi flexible que le LSO, il n’y a jamais conflit ou rupture avec le chef dans une vision qui finit par paraître globale, sans pour autant qu’elle ne parvienne jamais à s’exalter, à la fois parce qu’elle refuse d’assumer la structure cyclique d’une partie de l’œuvre, mais aussi parce qu’elle n’en recherche jamais l’exacerbation des rythmes ou des lignes de tensions. C’est finalement mieux fait que Kirill Petrenko récemment à Berlin avec l’ancienne formation de Rattle, mais à six mois du Brahms merveilleusement porté par Blomstedt dans cette même Philharmonie, cette lecture de la Symphonie n°2 ne marque pas.

Et comme pour prouver que tout s’accorde avec tout, Rattle offre un bis encore totalement dépareillé au programme, Pavane de Fauré, où l’on peut tout juste faire le lien avec le début par le doux développement du tissu symphonique, sans pour autant réussir à trouver une véritable cohérence entre cette œuvre et les précédentes.

Crédit Photographique : © Mark Allan/LSO & ResMusica

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