Concerts, La Scène, Musique symphonique

ManiFeste avec Echo-Daimónon de Philippe Manoury

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Salle Pleyel . ManiFeste . 1-VI-2012. György Ligeti (1923-2006): Atmosphères pour orchestre; Lontano pour orchestre; Philippe Manoury (né en 1952): Echo-Daimónon, concerto pour piano, orchestre et électronique en temps réel (CM); Gustav Mahler (1860-1911): Symphonie n°10, Adagio. Jean-Frédéric Neuburger, piano; Thomas Goepfer, réalisation informatique musicale Ircam; Orchestre de Paris; direction Ingo Metzmacher

Somptueuse soirée d’orchestre à Pleyel pour le coup d’envoi de ManiFeste-2012. Né de la fusion d’Agora et du Centre Acanthes, ce nouveau rendez-vous de la création, festival international et académie pluridisciplinaire initiés par l’Ircam, affiche, du 1er juin au 1er juillet, concerts, spectacles multi-média, colloques, rencontres, conférences et master-class, autant de manifestations qui questionnent le temps, « de l’interprétation des temps au temps de l’interprète, dans une multiplicité d’esthétiques dissemblables » précise Franck Madlener dans son édito.

Ce concert d’ouverture conviait l’ sous la direction du chef allemand et mettait à l’honneur , tout juste soixante ans, ircamien de la première heure et tête d’affiche du festival. Au programme de la soirée, et en création mondiale, son concerto pour piano et électronique en temps réel, une oeuvre dense, puissante et magistrale qui poursuit en l’amplifiant l’idée du piano-ombre de Passacaille pour Tokyo également programmée au sein du festival; commande de l’ et de l’Ircam, Echo-Daimónon pour piano, orchestre et électronique en temps réel invitait en soliste le jeune et fougueux dont on connait l’abattage virtuose et l’envergure du jeu pianistique. Manoury fait ici s’affronter l’humain et la machine dans une lutte où la partie très écrite du pianiste se laisse parfois submergée par le foisonnement plus aléatoire et fantaisiste des sons de synthèse : « quatre pianos-fantômes viennent hanter le soliste et prendre progressivement possession de lui » nous dit-il. L’énergie du geste pianistique engagée dès le début focalise l’attention sur le pianiste bientôt assailli par les sonorités virtuelles s’échappant du dispositif d’écoute et tournoyant dans l’espace de la salle Pleyel; les nuées de résonances obtenues par l’usage de la troisième pédale du piano, assistée ici par l’ordinateur, sont particulièrement étonnantes; l’orchestre toujours réactif, qui encadre le soliste, inclut une partie de percussions très en relief, avec des sixens rejoignant les sonorités électroniques. Alors que les « démons » semblent neutralisés au terme d’un premier assaut accordant une trêve assez brève au soliste – sorte de plage lente centrale – le mouvement est relancé par le pianiste engagé dans une toccata échevelée au cours de laquelle il est vampirisé par les « démons » qui viennent pervertir son jeu. Spectaculaire dans cette joute qui le confronte à ces présences virtuelles, Frédéric Neuberger terminera debout, la main dans les cordes du piano, pour faire résonner, à son tour, un halo d’harmoniques fantomatiques. , maître irréprochable de la situation, a, quant à lui, la responsabilité de tous les déclenchements du système en temps réel via un clavier muet placé au sein de l’orchestre.

Mise à rude épreuve par un programme rien moins qu’exigeant, l’Orchestre de Paris « préludait » avec Atmosphères de Görgy Ligeti, une pièce inscrite à son répertoire en 1977 qu’il n’avait jamais rejouée depuis! Les textures un rien fragilisées par l’acoustique plutôt sèche de Pleyel revêtent cependant des couleurs somptueuses, Ingo Metzmacher nous transportant sur le « nuage ligetien » avec émotion et poésie; Lontano, autre chef d’oeuvre orchestral étroitement lié à l’expérience électronique du maître hongrois dans les studios de Cologne, s’enchaînait directement avec l’Adagio de la « dixième » de Mahler assumé avec vaillance par un orchestre qui semblait cependant accuser quelque fatigue. Dirigeant à mains nues, Ingo Metzmacher conduit avec beaucoup d’investissement les lignes de cette pièce visionnaire, toute entière tournée vers des esthétiques sonores nouvelles dont se faisait ce soir le héraut.

Crédit photographique : Philippe Manoury © Philippe Gontier

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Salle Pleyel . ManiFeste . 1-VI-2012. György Ligeti (1923-2006): Atmosphères pour orchestre; Lontano pour orchestre; Philippe Manoury (né en 1952): Echo-Daimónon, concerto pour piano, orchestre et électronique en temps réel (CM); Gustav Mahler (1860-1911): Symphonie n°10, Adagio. Jean-Frédéric Neuburger, piano; Thomas Goepfer, réalisation informatique musicale Ircam; Orchestre de Paris; direction Ingo Metzmacher

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