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Lieux dansants insolites et prestigieux pour Paris l’été

Chaque année, le Festival Paris l’été noue des partenariats avec des lieux patrimoniaux exceptionnels. Pour l’ouverture de l’édition 2022, les danseurs d’ s’installent dans la Cour Lefuel du Musée du Louvre pour Boléro. Au Grand Palais éphémère, c’est qui propose une performance hypnotique intitulée The Dancing public.

Boléro dans la Cour Lefuel du Musée du Louvre

Le parcours en nocturne dans les salles d’Antiquité grecque du Musée du Louvre, de l’époque pré-classique à l’époque hellénistique, proposé en préambule du spectacle Boléro du Ballet Preljocaj, sont autant de manières pour le spectateur de s’exercer à voir un corps en mouvement. Ces athlètes figés dans la pierre de l’époque sévère, ces figures de Pallas Athénée conquérantes sont autant de corps parfaits ou triomphants. Une magnifique déambulation qui nous conduit dans la Cour Lefuel, habituellement inaccessible au public.
Vus de près, les danseurs qui descendent de la double rampe cavalière de cette cour de la partie Napoléon III du Louvre, ont eux aussi l’exigence du corps parfait.

Sur un plateau totalement ouvert, très proche des spectateurs assis sur des praticable en gradins, sur trois côtés, ils s’emboîtent parfaitement dans la structure en bouquet conçue par Preljocaj sur la partition de .

Un travail ciselé et géométrique organisé par couples, dont la chorégraphie cite discrètement la célèbre version de Maurice Béjart. La répartition des danseurs en deux cercles concentriques demande une grande précision et une concentration absolue, pour conserver des écarts homogènes, reproduire chaque mouvement à l’identique, comme le fait un corps de ballet. Ce qui n’empêche pas les danseuses, complices, de se sourire quand elles se font face.


The Dancing Public
, performance de au Grand Palais éphémère

The Dancing public, ce n’est pas, quoique, le public qui entoure la chorégraphe et danseuse Mette Ingvartsen mais l’évocation du public dansant des victimes de chorémanie. À la fois narratrice et interprète, Mette Ingvartsen commence son histoire quelques mois après la peste noire. Elle décrit en historienne un curieux phénomène, largement inexpliqué, qui voyait de simples citoyens être pris d’une irrépressible envie de danser, à la suite d’un choc ou d’une maladie. Le plus étrange, c’est que cette insatiable soif de mouvement était contagieuse, contaminant comme les épidémies des villes et des villages entiers. Une contagion qui n’est pas sans rappeler celle de l’épidémie qui a frappé le monde entier depuis plus de deux ans.

Dans l’espace sombre du Grand Palais éphémère, entre trois mâts lumineux et podiums de bois brut, Mette Ingvartsen s’amuse à frayer au milieu du public déjà animé par les sons électroniques de la DJ Anne van de Star. Eux aussi pris de dansomanie, par mimétisme peut-être, le public danse, suivant des yeux la performeuse. On y voit des clubbers habitués à la musique électronique, des jeunes qui ont envie de faire la fête, des spectateurs ravis de cette opportunité qui leur est laissée de danser à leur tour.
Mais Mette Ingvartsen, après avoir brossé le public dans le sens du poil, retrouve au fil de sa performance sa radicalité coutumière, comme dans son cycle The red pieces au cours duquel elle explorait les questions de sexualité. Glissant progressivement vers d’autres formes de dansomanie disséquées par le corps médical, elle se lance dans une expérience hystérique au sens propre, s’inspirant des archives photographiques du docteur Charcot à La Salpêtrière. Son corps devient alors un objet de lutte, de revendication et de libération, dans une acmé jubilatoire.

Crédits photographiques : Gravité © Quentin Chevrier (au Musée du Louvre) ; The Dancing public © Marc Domage

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