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Romances inciertos : un autre Orlando

et font revivre dans un disque enchanteur la magie du spectacle Romances inciertos : un autre Orlando, qu’ils tournent depuis 2017. Alliant voix et instruments anciens, un délicat et subtil voyage chorégraphique et musical au pays de la romance, des canciones et de la zambra.

Fruit de la recherche musicale de et de l’imaginaire chorégraphique de , le spectacle Romances inciertos, créé en 2017, a permis de faire découvrir un répertoire méconnu du public français, des mélodies espagnoles nées aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles issues de l’art du romance, du chant sépharade ou de la jota. Ressurgies sous de multiples versions dans la musique baroque ou le flamenco andalou, voire dans la musique populaire, ces chansons ont été collectées et arrangées pour bandonéon, viole de gambe, guitare baroque, théorbe et percussions par Nino Laisné.

Plus de trois ans après la création du spectacle, Romances inciertos : un autre Orlando trouve une nouvelle vie, celle de l’écoute et du concert, à travers l’enregistrement réalisé en août 2020 à l’Arsenal de Metz, en conditions studio. A l’occasion, certains arrangements ont été réinventés et permettent ainsi de prolonger l’écoute de ce répertoire riche en sonorités inédites.

Comme le spectacle, le disque est structuré autour de trois mélodies, qui identifient et campent les trois personnages phares de Romances inciertos, incarnés sur scène par François Chaignaud : la Doncella guerrera, San Miguel de Garcia Lorca et la Tarara. La Romance de la Doncella guerrera évoque cette demoiselle soldat qui refuse d’épouser un prince et préfère se noyer plutôt que de se voir refuser de combattre. Trois mélodies qui se répondent permettent de développer la dimension tragique du personnage et d’évoquer le travestissement et le changement d’état. François Chaignaud, remarquable et étonnant chanteur, glisse progressivement d’une voix de tête à une voix de poitrine dans No soy yo qui en veis vivir, un villancico du XVIᵉ siècle.

Le deuxième personnage de cette épopée transformiste est l’archange Saint-Michel, chanté par Federico Garcia Lorca dans son Romancero gitano. Les vers du poète espagnol trouvent leur écho dans un air des Asturies ou dans une zarzuela baroque.

Enfin, la Tarara est l’andalouse sulfureuse dont les copias, les vers, évoquent tour à tour le caractère dévot, marginal et androgyne de l’icône gitane, incarnée à nouveau avec talent et ambiguïté par François Chaignaud. A l’écoute, chaque personnage est lié l’un à l’autre par des parties instrumentales douces, comme les berceuses, ou brillantes, comme les folias qui tressent un langage musical hors du temps allant de la passacaille Renaissance au tango d’Astor Piazzolla.

Un disque aux tonalités très riches et aux arrangements audacieux, qui fait revivre la magie de ce spectacle vu par un soir d’été au Festival d’Avignon.

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