Les Romances chavirantes de François Chaignaud au Festival d’Avignon

Danse , Festivals, La Scène

Avignon. Cloître des Célestins. 14-VII-2018. François Chaignaud et Nino Laisné : Romances Inciertos, un autre Orlando. Conception mise en scène, direction musicale : Nino Laisné. Conception chorégraphie : François Chaignaud. Lumière : Anthony Merlaud. Son : Charles-Alexandre Englebert. Costumes : Carmen Anaya, María Ángel Buesa Pueyo, Kevin Auger, Séverine Besson, Caroline Dumoutiers, Pedro García, Carmen Granell, Manuel Guzmán, Isabel López, María Martinez, Tania Morillo Fernández, Helena Petit, Elena Santiago. Décors : Christophe Charamond, Emanuel Coelho, Fanny Gautreau, Marie Maresca, Remy Moulin, Marie B. Schneider. Avec François Chaignaud, François Joubert-Caillet et Robin Pharo (viole de gambe en alternance), Jean-Baptiste Henry (bandonéon), Pere Olivé (percussions historiques et traditionnelles), Daniel Zapico (théorbe et guitare baroque)

 Au Festival d’Avignon, la création chantée et dansée de et , Romances Inciertos, autour de trois figures androgynes de la culture populaire espagnole, a chaviré les cœurs. Performance impressionnante, ce spectacle-concert donne toute la mesure de cet artiste inclassable qu’est devenu .

Artiste d’une profonde originalité, François Chaignaud est désormais autant chanteur que danseur. Il combine ses multiples talents dans ce spectacle conçu avec le metteur en scène et musicien autour de trois personnages de l’imaginaire espagnol. Dans le cadre enchanteur du Cloître des Célestins, à Avignon, accompagné par quatre musiciens (violes de gambe, théorbe et guitare baroque, percussions et bandonéon), il exacerbe son excentricité pour donner vie à des figures hybrides.

Le premier univers qu’il invoque est celui d’un Roland en jupon, la Doncella Guerrera, jeune fille partie à la guerre sous les traits d’un homme. Pieds nus, coiffé d’un casque de conquistador en carton ondulé, le guerrier mélange figures de la danse baroque et préciosité orientale. Quelques sauts spectaculaires font admirer les talents de danseur de François Chaignaud, tandis qu’un micro HF caché le long de sa joue lui permet de chanter avec délicatesse la Romance de la Doncella Guerrera, arrangée par Nino Laisné. Entre romances médiévales et chansons populaires, la figure de ce soldat sans armes prend peu à peu possession de l’espace scénique.

Changement de siècle avec San Miguel, une jota de Federico García Lorca qui évoque un archange androgyne et baigné de soleil. Pour évoquer cette étrange figure, François Chaignaud choisit l’éclat d’un costume jaune vif et l’inconfort d’échasses acérées, dont il se sert comme de pointes. Tantôt conquérant, tantôt implorant, en équilibre précaire, il parcourt la scène à grand renfort de ronds de jambe et de sauts périlleux. On en tremble, tout en admirant la technique et la présence intense de l’artiste qui s’offre entièrement au public.

Pour achever ce triptyque audacieux et poétique, le chorégraphe et interprète se glisse dans les traits travestis d’une gitane andalouse, la Tarara. Ses boucles coupées, son châle de soie sont fidèlement reproduits par les nombreux costumiers qui ont participé à la production de ce spectacle. Les chants populaires qui s’élèvent de la bouche de François Chaignaud disent la plainte de cette femme incertaine, amoureuse éconduite et meurtrie. Dans la douleur des hauts talons qu’il porte, le danseur va jusqu’au bout du supplice en risquant l’escobilla et le taconeo flamenco, en assouplissant à l’extrême ses bras et ses épaules, au risque parfois de se blesser. Il donne l’intensité de sa présence comme un cadeau au cœur de la nuit d’été. Dans ce moment d’extase artistique, il justifie les propos de Federico García Lorca, qui considérait que le duende naissait de la lutte d’un corps avec un autre qui l’habite et gît endormi dans ses viscères.

D’autres spectacles de danse à Avignon

À l’occasion de ce Festival d’Avignon, nous avons également pu voir les Sujets à vif, qui cultivent chaque année avec la SACD, dans le Jardin de la Vierge du Lycée Saint-Joseph, les petites formes inédites et audacieuses. Exemple avec 4, le trio drôle et absurde version « Monsieur Bricolage » de Mathieu Delangle, Nathalie Maufroy et Claudio Stellato. On n’imagine pas tout ce que l’on peut faire dans un spectacle vivant avec des planches, quelques clous et deux tréteaux en guise d’établi.

Autre atmosphère avec Kreatur de , dont la première française a eu lieu en début d’année à Dijon, et qui se retrouve ici exilée à l’Opéra Confluences, une structure provisoire construite face à la gare TGV pendant les travaux de rénovation de l’Opéra d’Avignon. Le mauvais rapport scène-salle dessert cette pièce à la forte dimension plastique et dont les excellents danseurs semblent chercher le sens de ce qu’ils interprètent. Un spectacle à revoir sans doute dans de meilleures conditions.

Crédits photographiques : © Christophe Raynaud de Lage, Nino Laisné

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