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Leonskaja dans le Schubert de la fin à la Philharmonie de Paris

Pendant deux soirs pour ouvrir l'année 2026, est revenue à la Philharmonie de Paris avec l'un de ses compositeurs fétiches, , dans deux programmes constitués uniquement d'œuvres de la pleine maturité. 

Depuis plusieurs années déjà, est plongée dans les œuvres des dernières années des compositeurs. Comme en février 2024 lorsqu'elle venait à Paris avec les trois dernières sonates de Beethoven. Et encore ce début janvier 2026, à l'occasion de ses 80 ans depuis le 23 novembre 2025, où elle revient avec Schubert, le compositeur dont elle est sans doute le plus proche depuis maintenant plus de quatre décennies.

Dans cette idée des œuvres de grande maturité, les programmes parlent d'eux-mêmes : le premier soir se côtoient la Wanderer Fantaisie D.760 parue en 1823, les 3 Klavierstücke, D.946 et la dernière Sonate en si bémol majeur D.960, deux ouvrages de 1828, l'année de la mort de Schubert. Le lendemain n'est pas beaucoup plus euphorique, avec les Sonates D.850 et D.845 de 1825 et la D.894 de la fin d'année 1826. Et si nous n'avons pu assister qu'au premier des deux, l'impression qui ressort avec évidence, en plus de l'amour du public pour la pianiste, est bien sa grande connaissance des pièces de l'Autrichien.

Avec les 3 Klavierstücke pour ouvrir son programme, prend déjà son temps. En effet, elle n'a plus rien à démontrer, donc elle a juste à reprendre, avec le style et la maîtrise qu'elle possède depuis ses années d'URSS au côté de Richter, puis avec la culture viennoise développée ensuite dans sa ville d'adoption. Ce mélange bien connu par les nombreux récitals de l'artiste et par ses enregistrements, revient à l'identique devant une Grande Salle de la Philharmonie de Paris pleine d'admirateurs. Les toux du début l'énervent quelque peu et on sent son jeu se tendre un peu dans l'Andante de la Klavierstück n° 1. Puis le public se calme et la n° 2 peut être jouée sereinement. Ici comme à la n° 3, même si le poids du message n'est plus tout à fait le même qu'il y a quelques années, la maîtrise technique reste presque inaltérée, et la puissance des poignets toujours aussi impressionnante quand il faut redonner à Schubert ce que l'école soviétique a apporté dans l'interprétation de ses grandes partitions.

Avec la même alternance de gravité et de douce confiance, la Wanderer Fantaisie nous invite à un voyage identique. Sans doute en aurait-on encore mieux profité sur un Steinway mieux contrôlé dans les accords des octaves basses, mais on retrouve ici encore une densité dans les doigts que peu de jeunes pianistes savent aujourd'hui proposer. Et évidemment sans partition, là où Richter lui aurait conseillé dans les dernières années de les reprendre, non pas pour y lire pour les notes qu'elle connaît par cœur, mais pour les accentuations qu'on altère forcément à sa manière avec le temps, Leonskaja ne doute jamais, sans montrer une autre attention qu'à celle de développer le discours.

La Sonate en si bémol majeur D.960 en dernière partie revient là encore à tout ce que l'on connait. Notre écoute le lendemain au disque de ses deux versions officielles démontre comme l'artiste a su garder une constance tout au long de sa carrière. Cette constance qui débute avec le fait de jouer extrêmement lentement le Molto moderato, pour lequel elle convoque Richter dans une approche qu'elle a su depuis rendre sienne. Sereine toujours, cette partie semble jouée dans le tempo de ses gravures, soit environ 23 minutes, là où Pollini est en dessous de 20 et Brendel même pas à 15. Là encore, par exemple dans la façon d'exposer le deuxième thème, se mêle le métier et une légère altération de la tension par rapport à de précédentes interprétations, mais le public n'en tient pas compte et devant la coda du finale, presque maltraitée pourrait-on dire tant la pianiste y met de fougue, celui-ci laisse immédiatement exploser ses remerciements, une partie du parterre se retrouvant même tout de suite debout.

Devant ces longs applaudissement, Elisabeth Leonskaja revient à maintes reprises sur scène, pour n'offrir toutefois qu'un seul bis, lui aussi joué lentement et parfaitement adapté à la situation, puisqu'il s'agit là encore d'une pièce tardive de Schubert, l'Impromptu n°2 D.935, écrit en 1827.

Crédits photographiques : © ResMusica

Lire notre interview à l'occasion de ce programme :

Elisabeth Leonskaja, le ciel sous les doigts

Les affinités électives d'Elisabeth Leonskaja avec les premières sonates pour piano de Schubert

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