Le Trio Pascal illustre avec dextérité la dumka, cette pièce musicale à la fois rêveuse et lyrique typiquement slave que l'on peut rapprocher de la méditation française ou encore de la rêverie allemande avec le terme Traümerei.
Le Trio Pascal est une affaire de famille, ce qui rend sûrement compte de l'esprit de connivence qui caractérise ses interprétations. Le père, Denis, est au piano et ses fils Alexandre et Aurélien sont respectivement violoniste et violoncelliste. Ils nous invitent à redécouvrir un pan majeur de l'Europe centrale musicale et romantique en déclinant avec aisance et raffinement des œuvres majeures représentatives alternativement de la mélancolie et de la fougue tchèques.
Le célèbre Trio avec piano n° 2 « Dumky », op. 90 d'Antonín Dvořák, composé entre novembre 1890 et février 1891, reçoit sa création à Prague en avril 1891. Les interprètes retrouvent et décorent avec précision le courant angoissant et sombre du Lento maestoso initial dont les thèmes charment immanquablement. Le Poco adagio suivant, au lent caractère slave marqué, et les autres dumky réussissent également à intégrer la musique populaire tchèque dans un schéma classique. Un Andante à l'ample souffle évoquant certains passages des Symphonies 8 et 9 du compositeur, laisse la place à un Andante moderato plus exalté, un Allegro vif et pour finir un brillant Lento maestoso tous surfant sur des sections pensives, à la sensibilité exacerbée par des sursauts animés rendant l'interprétation hautement précieuse. Ce propos nous évoque celui de son ami Joachim Brahms : « Je serais heureux s'il m'arrivait la même chose qu'à Dvořák, une grande idée fort à propos. »
L'Élégie pour violon, violoncelle et piano de Josef Suk, un élève de Dvořák, élabore une sorte de chant funèbre à la mémoire d'un de ses collègues, Julius Zeyer. D'une durée de moins de six minutes, cette transcription fut jouée pour la première fois à Prague en novembre 1902. Elle se divise en trois parties, successivement une section mortuaire aux cordes, un passage solennel au piano et un épilogue confié au violoncelle élégiaque. Elle fait naître à l'écoute une véritable élévation spirituelle.
Bedřich Smetana dont l'œuvre est pratiquement synonyme de nationalisme tchèque fut un maître majeur resté célèbre pour son cycle de poèmes symphoniques (Ma Vlast) fêtant son pays natal et des opéras comme La Fiancée vendue. Le Trio Pascal souligne l'art de Smetana dans le Trio pour piano, violon et violoncelle en sol mineur, travaillé après le douloureux décès de la fille du compositeur, seulement âgée de 4 ans et demi. Les sentiments complexes et insupportables ressentis par ce père éploré imprègnent les trois mouvements de ce Trio op. 15 (1855, révision 1857) et traduisent le chagrin du compositeur au cours de ses trois mouvements Moderato assai, Allegro ma non agitatoet Presto, tantôt tourmentés, tendres, attentionnés, intimes ou désespérés.
Au sein d'une copieuse discographie marquée par de nombreuses réussites, le Trio Pascal, avec son jeu virtuose et exquis, sa palette expressive impressionnante, sa sonorité onctueuse et veloutée, entraîne dans une plongée marquante au sein du pénétrant romantisme tchèque.