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Les émouvants « petits riens » de la compositrice Lucie Vellère

Le label Musique en Wallonie nous propose la découverte de (1896-1966), compositrice belge aussi discrète que sa musique sait être émouvante, aux harmonies subtiles.

Étonnante découverte que cette compositrice bruxelloise qui a mené une vie discrète, éloignée des mouvements et révolutions artistiques du XXᵉ siècle, n'adhérant à aucun groupe ou chapelle, néanmoins influencée par la poésie intime des Gabriel Fauré, Claude Debussy, ainsi que par une certaine rigueur du compatriote César Franck.

Son unique « titre de gloire » est un prix de l'International composition contest for women composers, remis en 1957 pour une bien inoffensives pièce pour quatre voix de femmes : Air de Syrinx. En partie autodidacte, quoique ayant reçu des leçons de la part de Joseph Jongen, écrira quasiment toutes ses œuvres pour les séances musicales familiales et amicales : pièces pour chant, musique de chambre et de piano, mais également musique didactique à l'attention des enfants. Autant de « petits riens » qui auraient pu tomber dans l'oubli, et que nous fait revivre le courageux label Musique en Wallonie.

« La musique vient quand elle veut… » expliquait . C'est cette modestie et cette discrétion qui ressort de sa musique de chambre vocale, instrumentale et de piano enregistrée sur ce double album. Une discrétion qui ne veut pas dire insignifiance. Les mélodies pour chant et piano révèlent une personnalité inquiète et solitaire, que ce soit dans les Trois ballades de 1918 sur des textes de Paul Fort, ou l'ironie acerbe du recueil Toi et moi (1921) sur des textes de Paul Géraldy. La mezzo soprano possède un joli timbre, toutefois un peu forcé dans les pages les plus véhémentes. Entre impressionnisme et symbolisme, la musique de Lucie Vellère se fait plus audacieuse dans les pièces pour chant et double quatuor à cordes de 1940, Vous m'avez dit, tel soir et O branche fleur des airs sur des poèmes d'Émile Verhaeren, aux harmonies subtiles. Écrit en 1962, à la fin de sa vie, le Quatuor à cordes n°4, est une œuvre curieuse, incertaine, comme coupée dans son élan, d'une austérité sèche comme l'interprétation du .

Beaucoup plus intéressant, dans le répertoire comme dans l'interprétation, est le second disque entièrement consacré aux pièces pour piano solo. La pianiste s'empare avec précision, délicatesse et passion de ses courtes pièces, très émouvantes dans leur sobriété quasi immatérielle. Que ce soit dans les Trois tanagra (1918) aux inflexions debussystes, le recueil Promenade aux bords du lac (1959) dont la première pièce, L'heure tranquille, résume l'état d'esprit général, ou encore les émouvants Préludes pour la jeunesse, la musique de Lucie Vellère ne pèse jamais. Le disque s'achève sur le testament des Feuillets épars (1966), s'éclipsant sur la pointe des pieds. À l'image de Lucie Vellère, « âme fine, sensible et distinguée » de la musique belge.

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