La célèbre revue allemande Musik-Konzepte consacre un numéro spécial au compositeur français Tristan Murail. Ce numéro très fourni de 287 pages est paru en novembre dernier (48€), disponible en version numérique également sur le site de l'éditeur : text+kritik.
Au sommaire :
– Un long et très récent entretien (47 pages) de Joshua Fineberg avec le compositeur traduit de l'anglais. Fineberg connaît le compositeur depuis 1990, fut son élève, puis son collègue à l'Université Columbia de New-York. Cet entretien aborde de nombreuses questions de composition et évoque précisément certaines œuvres récentes.
– Un article de Oliver Schneller intitulé « Sur certains aspects de l'utilisation de l'ordinateur chez Tristan Murail. »
– Un article très détaillé d'Ingrid Pustijanac sur la synthèse instrumentale et l'analyse de l'orchestration dans Le partage des eaux (pour orchestre, 1995)
– Un essai de Alexander Stankovski sur « Tristan Murail et la voie française », très intéressant comme mise en perspective et vision critique de l'école spectrale française au regard d'autres tendances parallèles sur le plan international, par exemple celle de La Monte Young, Radulescu, James Tenney, puis comme parcours synthétique des œuvres au regard de la culture française et, finalement, de la tradition musicale au sens large (avec renvois à Liszt et Debussy entre autres).
– Un article de Daniel Oliver Moser, « Portulan de l'écoute – Sur l'orientation esthétique de la musique de Tristan Murail au XXIe siècle ».
– Un essai de Lukas Haselböck sur « Murail et la nature du son» qui aborde entre autres la question des rapports entre le spectralisme et les musiques post-sérielles (ou le structuralisme) selon plusieurs étapes successives : la musique spectrale de Murail, nature et perception, changement de perspective et glissement continu, profondeur du son.
– Un article de Amy Bauer (musicologue américaine très engagée dans l'étude des musiques spectrales) sur « Liber fulguralis et les préoccupations de la nature chez Murail » : c'est l'une des rares analyses de cette œuvre de 2008 pour ensemble de chambre et électronique réalisée en collaboration avec le vidéaste Hervé Baily-Basin pour les éléments visuels projetés sur écran derrière les musiciens.
– Un essai de Volker Helbing sur « Continuité et drame » autour des Treize couleurs du soleil couchant (1978).
– Un article de Ewa Schreiber intitulé « Flux des émotions, flux de l'oubli », qui passe en revue un certain nombre d'œuvres au regard des écrits ou entretiens de Murail et de Grisey.
– Un essai de Barabara Bathelmes intitulé « Objet musical – Image sonore »
– Une contribution de Christian Utz sur le thème de « L'expérience ambivalente comme base de l'imbrication du son et de la forme », à propos de Désintégrations (1982, pour ensemble).
– Une analyse de Contes cruels (pour deux guitares électriques et orchestre, création en 2007) par Pierre Michel. La question de la forme dans les musiques d'orchestre contemporaines reste toujours assez difficile à traiter et à transmettre au lecteur d'un article n'ayant souvent pas la partition à disposition. Cette analyse distingue des moments musicaux de différentes durées, donc difficiles à reconnaître et identifier en une seule écoute, et il s'agit donc d'une expérience personnelle d'une écoute répétée, d'une « lecture » de l'œuvre forcément subjective. L'esquisse du compositeur est reproduite en annexe avec quelques commentaires de Pierre Michel.
– L'ouvrage se termine par un entretien de Carl Tertio Druml avec le chef d'orchestre Sylvain Cambreling à propos de l'interprétation des œuvres de musique spectrale.
(PM)
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