MINIMAL est le premier projet discographique et le premier programme de concert que les Percussions de Strasbourg consacrent à la musique minimaliste.
Comme on peut le lire sur le livret de ce disque, bel objet richement illustré, les musiques minimalistes sont nées aux États-Unis à peu près en même temps que le célèbre ensemble alsacien, au début des années 60. Il a fallu pourtant attendre plus de soixante ans pour que la quatrième génération de musiciens des Percussions de Strasbourg s'empare de cette branche des musiques contemporaines. Son directeur artistique Minh-Tâm Nguyen, au travers des multiples projets qu'il a impulsés ces dernières années, n'a cessé d'ouvrir la porte à de nouvelles influences musicales jazz et musiques actuelles. Il était bien naturel que le langage minimaliste finisse par trouver sa place au sein de l'immense répertoire de l'ensemble. Ce CD présente quatre œuvres très singulières écrites pour deux marimbas et deux vibraphones, interprétées par Minh-Tâm Nguyen, Lou Renaud-Bailly, Thibaut Weber et Hsi-Hsuan Wu.
Dans cette gigantesque galaxie qu'est devenue la musique minimaliste aujourd'hui, on reconnaît toujours Steve Reich entre mille. Les œuvres pour percussion de ce père fondateur de la musique répétitive (il a toujours refusé ce terme) sont des bijoux de précision, tant au niveau de la connaissance des timbres, de l'équilibre entre rythme et mélodie, que de la justesse de la structuration, en intime rapport avec l'évolution psychologique de l'auditeur, emmené dans un voyage hypnotique. Steve Reich connaît très bien les effets de sa musique et comment en jouer. C'est encore le cas avec cette œuvre de maturité, Mallet Quartet (2009), dont les sonorités sont délicatement ciselées par l'interprétation des Percussions de Strasbourg.
Très différente est l'approche du pianiste et compositeur Nik Bärtsch, dont on ressent plus directement dans Seven Eleven (2020) les influences jazz et pop au travers de la maîtrise de grooves et de riffs plus incisifs, et aussi d'une certaine volonté de ruptures dans le continuum. C'est cependant dans un tourbillon obsédant, quasiment techno, que finit par s'envoler l'œuvre, avant l'atterrissage en douceur d'une brève coda.
À l'origine du projet, Les Percussions de Strasbourg ont commandé à Camille Pépin Avant, pendant, et pourtant (2025), une composition en trois mouvements en réponse à Mallet Quartet de Steve Reich, avec la même instrumentation. Dans cette œuvre, la compositrice use de l'influence minimaliste avec beaucoup de délicatesse. Sa musique, tout en restant extatique, ne bascule jamais dans l'intensité de la transe répétitive. Elle se pare en continu de nombreuses couleurs et témoigne d'une maîtrise indéniable des timbres, un paramètre qui, à l'audition, prend largement le dessus sur l'aspect séquentiel de l'écriture. Cette musique subtile est animée de changements constants, bien plus que toutes les autres œuvres du disque. Peu de formules récurrentes chez Camille Pépin, mais des transformations continues, registres, nuances, sonorités, décalages de phases. Une riche palette savamment déployée par l'ensemble.
Sunday de la saxophoniste et compositrice Shelley Washington conclut tout en douceur le parcours par ses mélodies mélancoliques et oniriques, où la voix rejoint par moments les lignes subtilement martelées. C'est la fin d'un beau voyage, avec un programme bien pensé. Les Percussions de Strasbourg s'y montrent tout à fait à leur aise.
Il faut également relever la réalisation artistique soignée de l'album par Vincent Peirani et Tony Paeleman, qu'on connaît tous deux par ailleurs comme musiciens de jazz. La musique minimaliste est fédératrice. Un pari réussi pour cet album servi par d'excellents interprètes.