Michel Portal, clarinettiste soliste et chambrettiste à la croisée du jazz, de la musique classique et de la musique de film (il a obtenu trois Césars pour Le Retour de Martin Guerre, Les cavaliers de l'Orage et Champ d'honneur), compositeur et improvisateur, alliant une lecture limpide et rigoureuse des œuvres qu'il interprétait à une expressivité hors norme, est décédé le 12 février 2026 à l'âge de 90 ans.
Originaire de Bayonne, il monte à Paris faire le Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris où il étudie d'une part la clarinette avec Ulysse Delécluse, d'autre part la direction d'orchestre avec Pierre Dervaux. Premier Prix de clarinette en 1959, il est lauréat de plusieurs concours internationaux dans la foulée, en particulier celui de Genève en 1963.
Michel Portal se produit à la fois dans le répertoire classique en musique de chambre et en concerto et accompagne, improvise pour Serge Gainsbourg, Barbara, Claude Nougaro ou Thomas Dutronc plus près de nous. Il se fait également un nom dans le répertoire contemporain en interprétant des pièces de Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen, Iannis Xenakis, Luciano Berio, Maurizio Kagel, Franco Donatoni et Wolfgang Rihm.
Très éclectique et curieux de tout, il entame en parallèle une carrière de jazzmen et participe au développement en France du free jazz à la fin des années 1960. Il crée le collectif Michel Portal Unit en 1971 pour encourager les musiciens de différentes nationalités à jouer ensemble dans un cadre d'improvisation libre. Il se produit entre autres avec Martial Solal, Astor Piazzola, Archie Shepp, Ornette Colemann, Bernard Lubat, Jack DeJohnette, Jean-François Jenny-Clark, Tony Bennett, Louis Sclavis, Daniel Humair, Bruno Chevillon, Baptiste Trotignon, Aldo Romano, Richard Galliano, Jacky Terrasson, André Ceccarelli, Bojan Z, Vincent Peirani et Émile Parisien.
En classique, il se produit dans le répertoire « traditionnel » Mozart, Schumann, Brahms, Prokofiev, Poulenc et participe aussi à des projets « décalés » avec le violoniste Laurent Korcia ou le Quatuor Ébène. Ses enregistrements dans ce répertoire se trouvent essentiellement chez Harmonia Mundi et chez Erato/Warner Classics. Ses complices étaient Georges Pludemacher, Laurent Korcia, Christian Ivaldi, Maria João Pirès, Bruno Canino, Michel Dalberto (une collaboration de plusieurs décennies comme en atteste leur dernier enregistrement chez La Dolce Volta), Marie-Josèphe Jude, Youri Bashmet, Gérard Caussé, Tabea Zimmermann, Xavier Phillips, les quatuors Melos, Talich, Sine Nomine, Ysaÿe et tout dernièrement Zaïde. Il a créé des œuvres de Mauricio Kagel, Karlheinz Stockhausen, Luciano Berio, Pierre Boulez, Vinko Glokobar.
Michel Portal a également composé pour le cinéma (petit et grand écran) et a reçu un César de la meilleure musique originale à trois reprises : 1983 (Le Retour de Martin Guerre), 1985 (Les Cavaliers de l'orage), 1988 (Champ d'honneur).
Son jeu se caractérise par la beauté et la rondeur de sa sonorité, un sublime legato, la netteté de son staccato, autant que la souplesse et la virtuosité, mais aussi par un engagement vital, tel ce concert de 2007 à la Salle Pleyel avec Louis Sclavis, Bojan Zulfikarpasic, Bruno Chevillon et Daniel Humair : « Si les passages qui déchirent franchement sont toujours si bons à prendre, si on est tenté de tout mettre sous le coup du furtif, l'ardeur des musiciens ne souffrant aucune relâche, le public pouvait se sentir aimé dans son vitalisme, comme rarement. »
Crédit photographique : © Roberto Cifarelli
La réunion des genres, démarche portalienne par excellence (Clef ResMusica) :
Programme Alban Berg, Poulenc… avec Michel Dalberto