La nouvelle édition du Festival Everybody, le festival de tous les corps et des corps différents, a proposé plusieurs spectacles en quatre jours sous la grande halle du Carreau du Temple à Paris. Des propositions éclectiques et stimulantes.
Premier rendez-vous avec Sottobosco de la danseuse, chorégraphe et performeuse italienne Chiara Bersani, conçu comme un conte forestier (le sous-bois du titre italien) dans lequel évolue deux femmes sans âge et sans époque : une femme de petite taille, Chiara Bersani mesurant 98 centimètres, et une autre femme, Elena Sgarbossa, dont le corps se cabre et se tord jusqu'à englober celui de la chorégraphe. Ces deux corps rampants et contractés évoluent sur un plateau blanc recouvert d'une marée de guimauves roses et blanches. Une belle complicité se dessine entre la naine et la géante qui la porte dans ses bras, dans une embrassade tendre.
Le format mystérieux de ce conte se brise un peu à la fin avec l'arrivée depuis la salle de trois autres personnages porteurs ou non de handicap, qui s'insèrent plus ou moins naturellement dans le dispositif. Mais la magie perdure grâce à la musique, mixée en direct et chantée du plateau par Lemmo, qui signe une véritable et envoûtante dramaturgie sonore.
Le principal spectacle de la soirée était proposé par le Ballet de Lorraine, avec un programme mixte composé de Synchronicité, le tableau présenté par les ballets français lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, au bord de la Seine, et signé Maud Le Pladec, ainsi que de a Folia, la pièce créée en 2024 par Marco da Silva Ferreira pour le Ballet de Lorraine. Les jeunes danseurs, galvanisés car très proches du public qui peut presque les toucher, dégagent une énergie folle et une furieuse envie de les rejoindre
Dernier rendez-vous de la soirée avec Introducing Living Smile Vidya, un spectacle présenté pour la première fois en France, qui raconte l'histoire d'une femme trans d'origine indienne, désormais réfugiée en Suisse. Née garçon dans le sud de l'Inde, au sein de la caste marginalisée des dalits, la voici, quelques décennies plus tard, trans activiste sur les scènes européennes. À travers quelques scènes, elle raconte son histoire de transition et dénonce pêle-mêle la place des femmes en Inde, le fascisme hindou et la solitude inhérente à ses choix. Un one woman show impudique et sans fards, dans lequel on bascule en permanence du rire aux larmes. Il faut dire que Living Smile Vidya est aussi clown.