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Luciano Berio : penser la voix

31Cet ouvrage collectif rassemble des textes qui rendent compte de la place centrale de la voix dans la pensée de et éclairent son rêve de total sonore où se croisent traditions populaires, expérimentation et matériau poétique.

L'ouvrage s'articule en trois parties dont la première, la plus développée, se consacre à l'analyse musicale des partitions pratiquée sous divers angles et à différents niveaux : Nicola Scaldaferri s'intéresse à la relation qu'entretient Berio avec la musique populaire (le chant sicilien notamment qu'il va écouter in situ) et à la capacité du compositeur à la réinventer à travers son propre langage. Martin Feuillerac observe dans plusieurs œuvres vocales du maestro (Epifanie, Circles, Laborintus II, etc.) le transfert qui s'opère des techniques de studio acquises par le jeune Berio dans l'écriture vocale du compositeur. Cyril Délécraz appréhende la notion de geste en tant que structuration de l'œuvre quand Pierre Michel s'intéresse à la fusion instruments/voix dans Canticum novissima Testamenti, l'une des nombreuses pièces vocales écrites par Berio avec son poète d'élection Edoardo Sanguineti. Les deux derniers numéros se concentrent sur le dernier ouvrage lyrique de Berio, Cronaca del luogo (Olivier Class et Haelim Lee) et sur l'importance accordée à l'électronique dans la partition.

La partie centrale, en trois chapitres, traite de la collaboration de Berio avec ses poètes : James Joyce, dès 1953, avec Chamber music. Mengqi Wang et Pierre Michel regardent de près toutes les incidences du poème sur les textures sonores. David Osmond-Smith s'intéresse quant à lui à Thema/Omaggio a Joyce et le travail fait sur le texte via l'électronique, avant d'aborder la rencontre de Berio avec Edoardo Sanguineti et les chefs-d'œuvre qui s'ensuivent  : Laborintus II, A-Ronne où le texte de Sanguineti s'offre à « l'œil destructeur et re-créatif de Berio ». C'est sa propension à « déconstruire le sens, la narration et le signifié trop explicite », selon Olivier Class et Maryse Staiber, qui rapproche Berio de la poésie de Celan dont les textes irriguent six partitions et notamment les deux derniers opéras/actions musicales, Outis (1996) et Cronaca del luogo (1999), du compositeur.

Parmi les différents intervenants de la troisième partie convoquant les interprètes, on retient surtout les réflexions de la soprano s'exprimant sur le concept de la forme ouverte, dans Laborintus II et Sequenza III : « [La Sequenza III] n'est pas un portrait vocal de sa seule créatrice. C'est un miroir où chaque voix trouvera à dessiner sa propre image », confie-t-elle. Si le travail de Philippe Lalitte et son concept « d'attente musicale » dans l'interprétation laisse perplexe, l'éclairante présentation, étayée d'exemples musicaux, de se penchant sur O King, le deuxième mouvement de Sinfonia, laisse pleinement apprécier le chef d'orchestre à l'oreille incomparable autant que le pédagogue hors pair.

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