Pour son 34e opus, le label Bastille Musique réunit deux oeuvres phares de Pierre Boulez : sur Incises (1996-1998) et Éclat/Multiples (1964-1970) par le Collegium Novum Zürich et l'Ensemble Contrechamps, sous la direction du chef Michael Wendeberg.
Ancien membre de l'ensemble Intercontemporain, le pianiste et chef d'orchestre Michael Wendeberg est un des spécialistes reconnus de la musique de Pierre Boulez. C'est donc avec une parfaite connaissance de l'œuvre du compositeur qu'il nous présente ce nouvel enregristement du label Bastille musique dont le travail éditorial est toujours aussi soigné et fouillé.
La pièce Eclat est présente dans deux versions différentes : Eclat, pièce isolée composée en 1964-1965 et Eclat/Multiples, achevé en 1970, où Boulez a associé deux pièces. Multiples est également enrichi par l'enregistrement d'un fragment en première mondiale. Œuvre scintillante, Eclat est écrite pour quinze instruments divisés entre un ensemble soliste et un groupe d'instrumentistes jouant un fond sonore. Des permutations de séquences sont possibles à l'intérieur de la partition, ce qui laisse une grande liberté d'interprétation au chef. Les versions présentées sont ainsi deux parmi de nombreuses autres possibles. Dans Eclats/Multiples, Pierre Boulez poursuit son exploration de la question de la forme. Le manuscrit, déposé à la Fondation Sacher, comporte un total de 221 pages de partition d'orchestre (le tout restant inachevé et sans coda), dont seules les pages 1 à 116 ont été, jusqu'à présent, jouées et enregistrées. Ce disque présente ainsi le premier enregistrement des dernières pages de Multiples. Pièce plus tardive, Sur incise (1996-1998) privilégie la fusion des timbres avec une forte prééminence des pianos dans une optique spectrale.
Michael Wendenberg et ses deux ensembles – le Collegium Novum Zürich et l'Ensemble Contrechamp – présentent ainsi une monographie de l'œuvre de Boulez où priment la recherche des timbres et de la forme. La direction ciselée du chef et le talent des interprètes mettent en avant la finesse d'écriture de Boulez. Cependant, on peut déplorer la prise de son qui privilégie les pianos, au détriment des autres instruments, ce qui brouille parfois l'écoute.