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« Pouvoirs, Désirs » : L’Opéra Royal de Wallonie sous le signe des passions absolues pour sa saison 2026-27

Porté par un succès public frôlant la permanence du « guichets fermés », le tandem formé par et le chef voit son horizon s'étendre jusqu'en 2031. Cette reconduction pour cinq saisons supplémentaires offre à l'institution liégeoise une stabilité précieuse, condition sine qua non pour ambitionner durablement une place de choix sur la scène internationale.

L'-Liège (ORW) dévoile une saison 2026-2027 structurée, avec neuf productions, autour d'un axe thématique explicite : « Pouvoirs, Désirs ». Une bannière programmatique qui irrigue un parcours mêlant habilement standards du répertoire, incursions rares et prises de risque assumées.

Des piliers du répertoire sous tension

L'ouverture de saison mise sur une valeur sûre avec Macbeth de Verdi. La nouvelle production, confiée à Stefano Poda, promet une relecture visuelle et symbolique de la mécanique du pouvoir, sous la direction toujours énergique de . Luca Micheletti et Ewa Plonka auront la tâche de réincarner ce couple au bord de l'abîme : un pari vocalement solide.

Le diptyque de Ravel, L'Heure espagnole / L'Enfant et les sortilèges, apporte un contrepoint bienvenu. Si la production de Jean-Louis Grinda (issue de Monte-Carlo) est connue, elle permettra d'observer Anne-Catherine Gillet dans une prise de rôle en Concepción, susceptible de renouveler l'approche du personnage au sein d'une distribution à fort tropisme belge.

Plus ambitieuse, l'annonce de Lohengrin marque le retour de cet opéra majeur de Wagner après plusieurs décennies d'absence de la maison liégeoise. Dirigée par Bisanti, la transposition à l'époque napoléonienne par Jean-Claude Berutti s'inscrit dans une lecture politique assumée, portée par le duo Ian Koziara et Olga Maslova.

En clôture, Turandot cristallise les intentions de la maison : revisiter sans renier. Le nouveau final inédit composé par Andrea Battistoni, en lieu et place de celui d'Alfano, constitue l'un des gestes les plus audacieux de la saison. Entre curiosité musicologique et relecture dramaturgique, l'initiative intrigue autant qu'elle interroge, dans une mise en scène de Jean-Romain Vesperini et sous la direction de Daniele Squeo.

Stratégie de différenciation et prises de risque

Avec Zombie Opera, création mondiale de Battistoni, l'ORW affiche une volonté claire d'élargir son audience. Ce sujet fantastique — une épidémie de morts-vivants à la veille de Noël — relève d'un imaginaire populaire rarement investi à l'opéra. Au-delà de l'effet d'annonce, on attend avec curiosité cette incursion du gore et du genre horror dans le domaine lyrique, une veine encore peu exploitée.

La programmation fait également la part belle aux raretés :

Thaïs de Massenet transposée dans un New York des années 1920 teinté d'égyptomanie par Olivier Lepelletier, sous la direction de Pierre Dumoussaud, avec Nina Minasyan, Lionel Lhôte et Valentin Thill dans les principaux rôles ; Hubička (Le Baiser) de Smetana, quasi absente des scènes occidentales, cette partition tchèque, dont ce sera la création belge, aux forts accents nationalistes constitue un pari musicologique de premier ordre, défendu par le spécialiste Michael Guttler ; Roberto Devereux de Donizetti, une nouvelle exploration d'un bel canto parmi les plus exigeants, avec une distribution de haut niveau (Nino Machaidze, Karine Deshayes), sous la direction de ; Capriccio de Strauss : une réflexion sur l'art lyrique lui-même (primauté à la musique ou aux paroles ?), confiée à la direction musicale de Roberto Treviño. La mise en scène de Rodula Gaitanou jouera la carte de la mise en abyme en portant à la scène les coulisses mêmes de la maison mosane.

Une institution en expansion maîtrisée

Au-delà de la scène lyrique, l'ORW poursuit sa politique d'ouverture avec Lucile et l'IA, proposition familiale confrontant les standards du répertoire aux nouvelles technologies. Le volet symphonique (dont une Neuvième de Beethoven pour le bicentenaire du compositeur le 12/02/2027), les concerts de chambre dominicaux et l'invitation du Ballet de Bâle de Marco Goecke complètent une offre diversifiée sans dispersion.

Enfin, le renouvellement du Concours international de chefs d'orchestre confirme l'ambition de non seulement produire, mais aussi attirer les talents de demain.

En somme, cette saison 2026-2027 confirme la trajectoire ascendante de l'-Liège. Entre équilibre prudent et audaces de rupture, l'institution affirme une maturité artistique qui pourrait marquer un véritable tournant dans l'ambition affichée de devenir une référence européenne. (BH)

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