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Simon Rattle et le Chamber Orchestra of Europe à Berlin, entre romantisme et modernités

Un peu inégale, la direction de Rattle a au moins le mérite de mettre en valeur la musicalité exceptionnelle du COE.

La Philharmonie de Berlin est la première étape d'une courte tournée du , avec à sa tête un chef qui n'a jamais cessé de revenir à Berlin depuis qu'il a quitté la direction du Philharmonique en 2018. Le concert a lieu dans une série d'abonnement organisé par la Philharmonie consacrée aux orchestres de chambre – la désignation n'est visiblement pas à prendre trop au sérieux quand on voit le très symphonique programme de ce concert.

À rebours de la chronologie, c'est par la Musique pour cordes, percussion et célesta de Bartók que débute le concert. On est d'emblée saisi par la beauté sonore et la plasticité des cordes, et l'impression que donnent les premières mesures est confirmée par tout ce qui suit. Mais les difficultés suivent vite : on attend en vain que le motif ascendant s'affirme, comme si le chef refusait toute hiérarchisation des voix, comme si le discours musical faisait du sur-place ; on espère un sursaut quand les musiciens retirent les sourdines, mais en vain. Les deux mouvements rapides sont heureusement beaucoup plus réussis, avec une fermeté dans le rythme qui n'est pas mal venue, et un sens du dialogue entre cordes et percussions qui fait plaisir à entendre.

Au centre du concert, Rattle a placé une rare pièce de Busoni, une des deux études orchestrales pour son Doktor Faust – on aurait aimé aussi avoir l'autre, et tant qu'à faire tout l'opéra, un des plus grands chefs-d'œuvre de son temps, inexplicablement absent depuis des années des scènes d'opéra. Rattle a sans nul doute le sens de l'opulence orchestrale, une palette sombre qui ne manque pas d'atmosphère, et cette fois un sens du mouvement qui donne à cette sarabande une puissance d'invocation irrésistible.

Après ces quelques minutes Rattle enchaîne sans pause avec le premier mouvement de la Quatrième symphonie de Brahms – l'enchaînement n'a pas une grande justification musicale ou dramaturgique, et cela encourage une partie du public à applaudir longuement à la fin de ce premier mouvement. Comme souvent dans le cœur de répertoire germanique Rattle fait alterner ici des moments problématiques, chutes de tension comme coups de boutoir, avec des passages très réussis, l'introspection lui réussissant moins que les moments les plus chaleureux. Heureusement les remarquables musiciens du COE, les cordes déjà mises à l'honneur chez Bartók, mais aussi les vents, à commencer par une remarquable flûte solo, unifient le tout par la beauté de leur son orchestral et la qualité de leur écoute mutuelle, que l'ample effectif du romantisme tardif ne met jamais à mal.

Crédits photographique : © Oliver Helbig

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