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A Tourcoing, Solaris, l’opéra fusionnel selon Othman Louati

Le jeune compositeur français s'est associé au vidéaste pour une adaptation sous forme d'opéra-vidéo du roman de science-fiction de Stanislam Lem (1961) et du film d'Andreï Tarkovski (1972). Immersion sonore et visuelle vers un astre qui pourrait bien être nous-même.

Etoile montante de la musique française contemporaine, (né en 1988) avait signé il y a deux ans un premier opéra, Les Ailes du désir, adapté du célèbre film de Wim Wenders et repris cette saison au Théâtre de l'Athénée. Le jeune compositeur, percussionniste et chef d'orchestre, originaire de Tourcoing, est un adepte de la fusion de la musique et des images. Il le démontre de nouveau avec sa nouvelle création, Solaris, opéra-vidéo réalisé en collaboration avec le vidéaste , et coproduit par l', la Condition publique de Roubaix et l', complice musical d' depuis une dizaine d'années.

Solaris est l'adaptation du roman de science-fiction de Stanislas Lem (1961) et du film éponyme d'Andreï Tarkovski (1972) qui raconte l'histoire d'une mission scientifique vers une planète entourée de deux soleils, recouverte d'un océan, qui semble dotée d'une forme d'intelligence. C'est surtout l'histoire d'une dérive intérieure et universelle, vers un monde qui est un peu le reflet de notre humanité et de la terre. Le propos science-fictionesque n'est finalement qu'un prétexte pour nous interroger sur notre propre condition, celle de l'environnement que nous abimons, et ce grand tout de l'univers dont nous faisons partie.

Cette dimension fusionnelle et poétique est au cœur de la fascinante partition d'Othman Louati où une seule voix, à la fois conteuse et chanteuse, se fond au sein des instruments, acoustiques et électroniques, rassemblés par le compositeur. Admirateur d'Olivier Messiaen, du maître de la musique spectrale Gérard Grisey, mais également de Debussy et des grands compositeurs post-romantiques, Othman Louati réussit le subtil équilibre entre lyrisme et pointillisme, ciselant une partition envoûtante et lumineuse. La formation originale de l' (trio à cordes, cor, flûte, clarinette, claviers électroniques, guitare électrique, vaste batterie de percussions) est ici utilisée avec beaucoup de subtilité dans toute la richesse de ses timbres. Tout comme le mezzo chaleureux de Victoire Bunel dont le chant culmine dans des airs hypnotiques et profonds (« L'ombre glisse« , « J'ai toujours eu le sentiment d'un univers en moi« ) où l'on entend comme l'écho de Pelléas et du premier Schoenberg.


L'œuvre gagnerait cependant à alléger certains passages parlés, trop longs et didactiques, pour laisser davantage la place à l'univers sonore bâti par Othman Louati.

Les images de , paysages naturels, ciel, mer, ville, gros plan de peau, compositions numériques de soleils en mouvement, viennent comme un contrepoint sensuel et onirique, parfois simplement illustratif, à la musique.

Solaris s'achève par la fusion des corps et des âmes, mais également des sons, en dérive vers cet ailleurs qui nous attend. Conclusion poétique d'une œuvre immersive qui confirme le talent et la singularité d'Othman Louati.

Crédits photographiques : @Jacques Perconte (spectacle) @Caroline Doutre (portrait)

Lire notre entretien, réalisé à l'occasion de la création de Solaris:

Othman Louati : “Confier une partie du rêve à la machine, cela ne m'intéresse pas”

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