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À Luxembourg, John Eliot Gardiner et Helen Charlston dans un hymne à la vie et à la nature

A la tête du , fait de la Symphonie n°2 de Sibelius un hymne à la vie, et la mezzo-soprano est sobre et incandescente dans les cinq Rückert-Lieder.


Intitulé « Poems on Life, Love, Loss » (Poèmes sur la vie, la mort, la perte), le programme concocté par pour ce concert de la Philharmonie de Luxembourg est également un bel hymne à la nature et aux éléments qui la constituent.

C'est donc cette double thématique qui se décline tout au long d'un concert qui débute par l'ouverture de l'Oberon de Weber, cet ouvrage consacré aux tribulations de moult personnages mais également aux différents éléments de l'univers comme la terre, l'eau et l'air. Dommage que les sonorités diaphanes tirées du n'aient pas tout à fait, pour cette pièce, la transparence liquide à laquelle nous ont habitués ces dernières années les formations jouant sur instruments anciens. Les cinq Rückert-Lieder de Mahler sont eux aussi l'occasion de tisser des liens entre la poésie romantique de Friedrich Rückert et les éléments de la nature qui l'ont inspirée : le parfum du tilleul comme gage d'un amour naissant (« Ich atmet' einen Linden Duft »), l'évocation du soleil, du printemps et de la sirène d'un amour absolu détaché de toute contingence matérielle (« Liebst du um Schönheit »), la métaphore filée de l'abeille (« Blicke mir nicht in die Lieder »), la nuit comme l'élément naturel de la douleur (« Um Mitternacht »), ou encore le ciel où vit seul, détaché du monde, le narrateur de « Ich bin der Welt abhanden gekommen ». Remplaçant au pied levé Alice Coote, la mezzo-soprano , lauréate du Jardin des Voix de William Christie, impressionne par la ductilité d'un chant impeccablement conduit, par les couleurs délicatement cuivrées d'un instrument parfaitement maîtrisé et par la qualité presque immatérielle d'une diction qui ne fait perdre aucun mot des poèmes. Un nom à suivre pour les années à venir.

La deuxième partie du programme permet de faire entendre la Symphonie n°2 en ré majeur de , monument du répertoire symphonique consacré lui aussi à l'immensité du monde qui dépasse l'être humain. Dans une œuvre dont il sait impeccablement restituer l'exceptionnelle plasticité et la fluidité rythmique, met en avant la souplesse du discours ainsi que les subtiles couleurs instrumentales confiées aux vents, aux bois et aux cuivres. Du chant lugubre des deux bassons de l'andante aux trompettes claironnantes du finale, en passant par les deux violoncelles jouant en solistes, il fait de cette symphonie un hymne à la vie et une victoire de l'être humain sur les circonstances peu réjouissantes qui l'entourent.

Particulièrement enthousiaste, le public réserve un accueil triomphal à ce concert. Enthousiasme peut-être légèrement débordant, qui aura fait applaudir quelques-uns à l'issue de chacun des Rückert-Lieder et des mouvements de la symphonie. Le débat sur ces manifestations spontanées, accueillies avec bienveillance par certains et avec agacement par d'autres, est loin d'être clos.

Crédit photographique : © Alfonso Salgueiro

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