- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Cyrille Dubois, chantre de la mélodie française avec orchestre

Après son excellent récital « So romantique » (Clef ResMusica) composé de raretés du répertoire lyrique pour ténor léger, continue son service en faveur de la musique française méconnue avec « So poétique », un disque dédié aux mélodies avec orchestre.

, dans son excellente notice de présentation, explique que ce répertoire des mélodies françaises avec orchestre est à la fois spécifique et encore peu exploré. Voilà de quoi stimuler l'intérêt des enfants de la révolution baroque, c'est-à-dire nous tous, mélomanes et artistes curieux de vérité historique et gourmands de couleurs sonores différentes. Ces mélodies françaises présenteraient dans leur grande majorité un accompagnement instrumental réduit, léger, qui permet au chanteur de ne pas forcer la voix et de prioriser la mise en valeur du texte, et ceci les différencierait des Lieder avec orchestre d'outre-Rhin. Autre caractéristique : nombre d'entre elles seraient restées inconnues, car n'ayant pas dépassé le stade fragile de manuscrit. Bien sûr, on peut trouver des contre-exemples, mais quand David Dratwicki énonce les noms de Saint-Saëns, Massenet, Gounod, Godard, Dubois, Caplet, Vierne, de La Tombelle, Holmès, Fauré, Franck, David, Thomas…on est bien obligé de reconnaitre notre faible connaissance de ce qu'il appelle « un continent oublié du répertoire romantique français », malgré les progrès récents dus à l'activité du , partenaire de cette parution.

Voici donc, sans être exhaustif, Le Soir de Gounod, délicieux de couleurs crépusculaires, puis l'énergique Embarquez-vous ! de . Des trente mélodies avec orchestre de Saint-Saëns, nous en avons trois ici, dont seule Extase a été gravée récemment par Tassis Chritoyannis et l'Orchestra della Svizzeria italiana. Le rayonnant Lever de soleil sur le Nil était, semble-t-il, inédit. Il y a beaucoup de merveilles à redécouvrir et surtout, simplement, à découvrir. Avouons une tendresse particulière pour le piquant Ne nous oubliez pas d', et l'envoûtante Berceuse pyrénéenne de Fernand la Tombelle, mais tout le programme est d'une belle hauteur d'inspiration, y compris les exquises bondieuseries Pourquoi les oiseaux chantent de , Procession de Franck et En prière de Fauré. Pour alléger le programme et estomper un possible excès de sucre, on y a inséré quelques vers simplement parlés, et trois magnifiques pièces orchestrales de : Lamartine, Alfred de Musset, Victor Hugo. Ca ne vient pas mal.

Si on évite l'effet de saturation en confiserie, c'est surtout grâce au remarquable travail sur les couleurs opéré par les artistes. à la baguette gère avec une précision d'orfèvre les sonorités du , très souple et transparent. Dans cette dentelle musicale, n'a aucune peine à dérouler son souffle long, son phrasé exceptionnel, ses nuances subtiles et la prodigieuse intelligibilité de sa diction. Ce point est à louer avec vigueur : entendre chaque mélodie et comprendre chaque mot sans avoir à lire le livret, c'est rare même avec un piano. Avec un orchestre, c'est exceptionnel. Son talent de diseur joue alors à fond, et valorise le texte au premier plan, confirmant ainsi pleinement l'exposé d'.

Un excellent album, utile à la connaissance de la musique française et d'un goût parfait, sur lequel se précipiteront tous ceux qui aiment la délicatesse et le raffinement, sans les confondre avec mièvrerie (étrangère à ce programme) et préciosité (où n'est jamais).

(Visited 6 times, 5 visits today)
Partager