Le festival Perspectives de Sarrebruck présente les grands anciens de Wuppertal dans un émouvant retour aux sources.
Ils étaient vingt en 1978, ils ne sont plus que neuf aujourd'hui. C'est Meryl Tankard, qui était alors une des plus jeunes de la distribution initiale de Kontakthof, qui a conçu ce retour aux sources, confrontant les danseurs encore vivants avec leurs juvéniles alter ego fixés à l'époque par une vidéo noir et blanc de Rolf Borzik. Parmi les neuf, certains ont accompagné toute l'œuvre de Pina Bausch, à commencer par Lutz Förster, né comme elle à Solingen, à 10 kilomètres de Wuppertal, ou comme Josephine Ann Endicott ; d'autres ont quitté la troupe beaucoup plus vite, comme Elizabeth Clarke, quitte à y revenir régulièrement comme invitée. Tous étaient jeunes, certains très jeunes, à l'époque de la création ; ils ont aujourd'hui au moins 70 ans, et tous se présentent avec humour à la fin de la première partie. Le projet est donc bien différent des deux recréations plus anciennes de la pièce, en 2000 « avec des dames et messieurs de plus de 65 ans », en 2008 avec des adolescents : ce n'est plus l'histoire d'une renaissance, mais celle d'un effacement progressif.
La rengaine qui ouvre Kontakthof, Frühling und Sonnenschein, est sans doute celle qui fera remonter chez les compagnons de route de l'aventure de Wuppertal le plus de souvenirs et d'émotions : cette version allemande d'une chanson napolitaine d'Ernesto de Curtis ouvre aussi ce regard rétrospectif. Pendant toute la première partie, la vidéo est présentée sur un tulle en avant-scène : les danseurs projetés sont plusieurs fois plus grands que nature, dans des éclairages qui ne favorisent pas les danseurs. Après l'entracte, le tulle a disparu, et c'est désormais sur un écran derrière la rangée de chaises qui forment le cœur du décor original de Rolf Borzik repris pour la pièce.
Les danseurs sur scène nous sont alors beaucoup plus présents, mais un élément essentiel de cette recréation reste : l'absence. Kontakthof, comme son nom l'indique, c'était une affaire de relations, entre hommes et femmes, entre le collectif des hommes et le collectif des femmes, mais aussi entre un homme et une femme dans le cadre du couple : ici les absents ne sont pas remplacés, et on voit ainsi tel ou tel des danseurs faire seul ce qu'il faisait 48 ans plus tôt avec un partenaire disparu. Les diagonales dansées sont bien là, mais la ligne qu'elles dessinent est percée de vides : ce spectacle apparaît comme un prolongement idéal de tout le travail accompli par la compagnie pour se réapproprier tout l'héritage chorégraphique de Pina Bausch, entre transmission du répertoire d'une génération de danseurs à l'autre et recréations de pièces oubliées depuis plus ou moins longtemps.
Crédit photographiques : Paul Ankermann