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De l’épuisement des corps dansants à Art Rock et Jogging

La reprise de The Dog days are over de , au festival Art Rock à Saint-Brieuc et de Les jolies choses de au festival Jogging sont deux façons différentes de performer l'épuisement des corps. 

Dans The Dog days are over 2.0, reprise de la version initiale de la pièce du chorégraphe belge , quatre filles et quatre garçons évoluent en ligne au rythme d'un sautillement binaire, proche de celui de l'entraînement des boxeurs. Selon d'infimes variations dans l'espace, mais jamais dans le rythme, la ligne se déploie ou se replie, formant tantôt un groupe compact, tantôt une myriade distendue dont la tête de pont change.

Poings serrés au niveau du bassin, baskets aux pieds, ces danseurs qui regardent droit devant eux ont tout des athlètes déterminés que l'on croise dans les grandes compétitions sportives. Ils le sont eux aussi, d'ailleurs, dans la performance physique, éprouvante. Au bout d'un quart d'heure leur visage porte déjà la marque de la fatigue et le souffle vient à manquer parfois. Dans ce type de spectacle où la performance athlétique prime sur le concept artistique, la cohésion du groupe et la qualité d'exécution est fondamentale.


C'est ce qui manque au spectacle de la chorégraphe québécoise , Les jolies choses, repris à l'occasion du festival Jogging au Carreau du Temple à Paris. Curieux titre pour un spectacle qui n'est pas vraiment joli, mais qui offre d'infinies variations autour de la gym sur une musique répétitive à la manière de Steve Reich ou Philip Glass. Sur un rythme binaire, là aussi, les cinq interprètes, en justaucorps et chaussettes, épuisent en canon ou à l'unisson, la base d'un mouvement de gymnastique. Torsions, puis sauts, donnent un rythme régulier à ces variations multiples.

À part une expérience d'épuisement des corps dans un mouvement sans fin, on ne voit pas très bien quelles « jolies choses » se cachent derrière ces sauts enfantins. De temps en temps, pour s'encourager ou se repérer, les danseurs se lancent un nombre ou une interjection, mais on perd à force le fil de ces évolutions et on ne saisit pas bien l'objectif de ce spectacle purement performatif. N'est pas Lucinda Childs qui veut, en définitive.

et utilisent les mêmes mouvements, déclinés de la gestuelle sportive, et s'efforcent l'un et l'autre de ne pas montrer les efforts que celui-ci représente. La maîtrise des interprètes est absolue. C'est d'ailleurs un esprit qui prévaut dans la danse classique où la virtuosité ne doit pas laisser affleurer la difficulté. Mais le chorégraphe belge maîtrise avec plus de brio et de subtilité la dramaturgie et les effets de sa chorégraphie. Dans The Dog Days are over 2.0, au bout de 30 minutes, le schéma chorégraphique devient plus complexe, avec un enchaînement de pas rapides, sautés ou chassés et des ruptures de rythme, nécessitant une exceptionnelle synchronisation dans l'effort de la part des danseurs. Dans la deuxième partie du spectacle, toujours aussi sportive, les personnalités peuvent davantage s'exprimer et les visages deviennent un peu plus expressifs dans des enchaînements de mouvements, répétés à l'unisson. Sans être des robots, c'est la parfaite interprétation des danseurs qui est fascinante et hypnotique.

Outre ces corps performatifs, d'autres corps engagés physiquement nous étaient donnés à voir lors du festival Art Rock, à travers la présence de Leila Ka et de cinq de ses danseuses. Dans ce festival de musique très populaire, en plein centre-ville de Saint-Brieuc, une partie des 81 000 festivaliers ont ainsi pu redécouvrir des extraits de Maldonne, baptisés pour l'occasion Ondulations, lors de deux prestations sur la Grande Scène du festival, entre deux concerts de têtes d'affiche. Une occasion exceptionnelle de proposer un accès à la danse contemporaine à un très large public intergénérationnel. Dans Ondulations, cinq femmes battent, sautent, tombent, tournoient, s'élancent dans une frise infiniment recommencées. Dans leurs longues robes aux imprimés démodés, elles font écho aux gestes quotidiens de toutes les femmes et de tous les pays, ce qui explique le succès mondial de la pièce.

Les cinq danseuses de ont également participé au show très efficace de Suzanne, rejoignant les cinq danseuses qui accompagnent habituellement la chanteuse dans un tableau augmenté du tube « Virile », la chanson la plus célèbre du dernier album de la musicienne. La chorégraphie pour les dix danseuses avait été réglée le jour même sur place… augurant une future collaboration entre les deux artistes ?

Crédits photographiques : The Dog days are over 2.0 : © Stefanie Nash ; Les Jolies Choses © Donatas Alisauskas ; Ondulations et show Suzanne : © Gwendal Le Flem/Art Rock

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