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Le violoncelle s’inscrit avec succès au cœur du Concours Reine Elisabeth

En cette nuit orageuse du 30 au 31 mai à Bozar (Bruxelles), l'ambiance chaleureuse et l'excitation habituelle ont accompagné la proclamation du palmarès du Concours Reine Elisabeth 2026, dédié au violoncelle. C'est le violoncelliste italien qui a donc été sacré cette année sous les hourras du public et les encouragements de ses camarades finalistes (consulter le palmarès complet).

Via les médias traditionnels, en ligne ou dans la salle, le public aura pu suivre le concours pour cette année anniversaire pendant plus d'un mois et ce dès les premières épreuves à Flagey. Le Concours s'organise autour d'une sélection par vidéo, suivie d'une première épreuve, d'une demi-finale puis d'une finale. Un dispositif particulier est établi pour cette finale, puisque les 12 candidats se sont préparés dans le huis clos de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth. L'expérience est intense pour le jury : en demi-finale, pas moins de quatre candidats présents chaque soir, avec alternativement un concerto et un imposé puis un récital avec accompagnement au piano. À côtoyer ainsi ces jeunes talents durant plus d'un mois, lors de leur prestations mais également dans les salles pour les répétitions ou pour encourager leur camarades, des personnalités très attachantes et des jeux se détachent. Notons également que, de manière croissante, une communication très horizontale se tisse, sur les réseaux sociaux entre le public et les candidats, notamment par les comptes Instagram des candidats. La joie de voir de jeunes musiciens au jeu et à la technique magnifiques être récompensés ne va pas, à titre personnel, sans pincements de cœur ; pensons notamment à Lionel Martin, malheureusement non classé. Rappelons ici que le palmarès n'a pas fait l'objet de délibérations. Quoi qu'il en soit, comme chaque année, cette exposition offerte par leur prestation au Concours est un tremplin potentiel à la carrière de chacune et chacun.

Une année de festivités

75 ans du Concours Reine Elisabeth, 150 ans de la naissance de la naissance de la reine Elisabeth, et du violoncelliste qu'elle appréciait tant Pau Casals… il y avait cette année matière à célébrations. Des événements parallèles, dont l'exposition de splendides photos d'archives du Concours, auront donc accompagné cette édition. Pour l'événement la Fondation a décidé de proposer au candidat le violoncelle de 1733 attribué au luthier véniten Matteo Goffriller. Le maître Casals l'avait acheté à Paris en 1908 et a joué sur cet instrument qu'il qualifiait d'ami le plus cher durant 60 ans. Il en tirait des sonorités riches et profondes. Exposé dans le hall de Bozar le premier jour des finales, nous avons donc découvert cet instrument étonnant, non dénué de caractère, avec son vernis sombre. Il s'agissait, précise Bernard Meillat, Conseiller Musical de la Fondation Pau Casals, dans sa forme originale, d'un violone, un instrument de plus grande taille, transformé en violoncelle afin de l'adapter au répertoire et aux salles modernes. Les cordes métalliques, sont non seulement plus stables que les cordes en boyau mais ont été l'innovation qui a aussi permis l'évolution vers des instruments de plus petite taille. La masse linéique réduite et la tension maîtrisée des cordes autorisent la miniaturisation de l'instrument. Le Goffriller « Casals » accompagnera durant quatre ans après quelques réglages chez le luthier Jan Strick.

Une évolution propre aux épreuves dédiées au violoncelle

Il y a neuf ans, en 2017, l'introduction du violoncelle dans le cycle du Concours (qui était dédié alternativement une année au violon, une année au chant puis une année au piano) faisait figure de pari. C'est qui avait été le brillant vainqueur de cette première édition épique. Depuis, le Concours est parvenu à sa troisième édition de violoncelle et celles consacrées à cet instrument s'installent dans le cœur du public, avec des évolutions intéressantes. On notera plus spécifiquement le glissement du répertoire, avec une orientation marquée vers des œuvres plus récentes dans les programmes des candidats (Henri Dutilleux, le concerto de Witold Lutosławski proposé cette année par Tae-Yeon Kim, écho à Hayoung Choi qui avait créé la surprise, en ouvrant cette voie en 2022) alors que la première édition avait accueilli en finale des concerti de Antonín Dvořák, Robert Schumann et le Concerto n° 1 de Dimitri Chostakovitch.

L'instrument, avec ses capacités expressives et son registre large, semble particulièrement convenir aux explorations plus contemporaines. Mais certains candidats ont aussi peut-être vu dans le choix de ce répertoire une forme de stratégie, dans un concours où il faut faire la démonstration de sa virtuosité et de son aisance dans nombre d'aspects techniques. Une prise de risque qui peut se transformer en un pari gagnant, mais qui ne constitue peut-être pas la panacée et ne conviendra pas à tous les candidats. En tous les cas, il sera intéressant d'analyser, si cette évolution se poursuit, la contribution du Concours Reine Elisabeth à la vivacité, au répertoire et à la visibilité du violoncelle contemporain.

L'imposé des épreuves finales, par la compositrice

La démonstration de cette vivacité contemporaine nous a d'ailleurs été donnée, lors de cette édition 2026, avec l'œuvre imposée des épreuves de finale : Four Odes to the Tiding of Flowers. L'œuvre est signée par , compositrice américaine d'origine chinoise. Puisant ses inspirations dans la poétique chinoise, mais aussi pour sa structure harmonique dans la musique du Français Olivier Messiaen, la compositrice nous explique également que les quatre mouvements de la pièce font référence à la tradition philosophique et poétique chinoise qui associe certaines fleurs et la symbolique qu'elles transmettent, avec l'évolution du cycle des saisons (l'orchidée associée au printemps, le bambou à l'été, le chrysanthème à l'automne et, enfin, la fleur de prunier à l'hiver). Parallèlement, le père de la compositrice appréciait le mahjong, et ses tuiles ornées de fleurs.

La pièce pièce est contrastée, émaillées de couleurs et de timbres additionnels offerts notamment par le glockenspiel et un waterphone. Elle inclut des inspirations mais également des emprunts presque littéraux aux Suites pour violoncelle de Bach. La pièce aurait peut-être gagné à être un peu plus ramassée et, par moments, à recourir moins aux effets comme les glissandi. Cependant, on peut aussi argumenter que ces notes glissantes sont des ornements appréciés en musique chinoise et qu'ils s'inscrivent ainsi logiquement dans l'œuvre. La compositrice n'exclut pas de revenir à la partition, et a signalé également son appétit pour l'écriture de nouvelles pièces pour violoncelle. a en effet apprécié l'exercice et souligne que les finalistes lui ont demandé où, en réalité, se situait la difficulté technique. Et certes, le point critique pour eux ne résidait pas dans la virtuosité : le pari se situait sans nul doute dans l'équilibre avec l'orchestre et la force de l'interprétation. La compositrice a ménagé dans sa partition de larges plages libres explicitement réservées à l'improvisation, et a indiqué, en outre, que les finalistes avaient le choix de jouer les mouvements dans leur ordre de préférence. L'engagement des finalistes a fait qu'ils nous ont offert des propositions radicalement différentes. La compositrice a assisté à la création et aux interprétations de sa pièce. Elle nous a confié avoir été heureusement surprise de la manière dont les candidats se sont approprié l'œuvre, avec une telle variété de palettes.

Crédits photographiques : Finalistes du Concours Reine Elisabeth violoncelle 2026 © Queen Elisabeth Competition ; Le violoncelle Goffriller »Casals » © Emilie Vanderhulst ; Portrait de la compositrice Fang Man © Emilie Vanderhulst

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