Le Prix Élan, concours de composition pour l'orchestre et l'électronique, c'est fini. Pour cette soirée d'adieu dans le Studio de la Philharmonie de Paris, l'Orchestre national d'Île-de-France (ONDIF), sous la direction de Bar Avni, et les forces de l'Ircam ont mis à l'affiche les œuvres des quatre lauréats du Prix (de 2022 à 2025) et une cinquième œuvre en création, commande passée à l'élu 2025, Alessandro Baticci.
Avec ou sans électronique, les partitions sont toutes conçues selon le format des Alla Breve/Créations mondiales de France Musique, soit cinq miniatures de deux minutes chacune qui ont fait – ou vont faire – l'objet d'une diffusion sur les ondes radiophoniques dans l'émission d'Anne Montaron. Corinne Schneider, dramaturge de l'ONDIF, est sur scène pour échanger avec les compositeurs et compositrices, tous présents, qui viennent nous parler de leur travail.
Compositeur et chanteur belge, Alexandre Jamar, basé aujourd'hui dans le Grand Est, a été le premier lauréat du Prix Élan. Five Forest Studies, créé en 2022, est un concerto pour piano qui met sur le devant de la scène Sélim Mazari. Il est question de bruits de nature et, plus précisément, de la distance avec laquelle on les perçoit, de façon plus ou moins proche ou lointaine. L'imagination est à l'œuvre au sein d'une écriture où l'énergie circule entre soliste et orchestre, modifiant sans cesse les perspectives d'écoute. Couleurs, contrastes et débordements virtuoses du pianiste opèrent dans les quatre premiers numéros, le cinquième s'éployant dans un temps suspendu et une matière qui, lentement, se raréfie jusqu'aux ultimes notes du piano.
De la Coréenne Selim Jeon (lauréate 2023), Chant radioactif pour trombone, orchestre et électronique n'est pas la pièce qui a été récompensée mais l'œuvre co-commandée par l'Ircam et l'ONDIF à la compositrice. Celle-ci s'intéresse à la lumière bleue produite par l'effet Tcherenkov. D'une étonnante vitalité, l'œuvre séduit par son envergure fantasque, la fluidité de son écriture et le jeu virtuose de Simon Philippeau qui explore toutes les facettes de son instrument à coulisse avec une prodigieuse dextérité. L'œuvre est d'un seul tenant, qui ne marque pas le découpage des cinq épisodes, la compositrice réglant avec beaucoup d'habileté la mixité des sources sonores.
Compositeur et pianiste catalan, Arnau Brichs, tout juste 26 ans, est le benjamin de la soirée. Degrees of Presence pour orchestre est une pièce en cinq mouvements distincts et autant d'angles d'écoute différents : oscillations douces, pulsation jazzy, réverbération, frénésie des cordes regardant vers la musique répétitive, etc. Si elles manquent d'un brin de fantaisie, ces esquisses symphoniques n'en sont pas moins restituées avec brio par les musiciens et leur cheffe, tous très investis.
Du Milanais Alessandro Baticci, deux pièces sont au programme. La première a été sélectionnée par le jury lors du Prix Élan 2025, la seconde est la co-commande passée au lauréat et donnée ce soir en création mondiale. Le propos est politique dans Tentatives Encounters, une pièce instaurant des espaces de tension où les blocs sonores s'entrechoquent : musique à haut voltage, charriant un matériau incandescent battu par des percussions qui claquent.
Le titre de sa seconde pièce, Out of sight of Polaris s'inspire de la toile éponyme du peintre Lawrence Weiner vue à l'Art Gallery of New South Wales à Sydney, lors d'un voyage du compositeur en Australie. Il s'agit d'un concerto pour violoncelle et électronique d'une seule coulée, réalisé dans les studios de l'Ircam avec le RIM Rémi Le Taillandier. Orchestre et électronique fusionnent en une masse sonore plastique et mouvante qui flirte avec la saturation. La partie de violoncelle (Natacha Colmez) est indépendante, tantôt submergée par le flux orchestral, tantôt seule, exécutant ses cadences au caractère improvisé ; l'œuvre est courte mais intense, orchestre et violoncelle chauffés à blanc pour entretenir l'énergie volcanique du flux sonore.
Saluons l'engagement de l'ONDIF et de l'Ircam qui auront, durant ces cinq années, révélé au public une quinzaine de partitions fraichement écrites, offrant à la jeune génération des compositeurs et compositrices l'occasion, aujourd'hui tellement rare, d'écrire pour l'orchestre.