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La Résurrection de Mahler aux Nuits de Fourvière

Guichets fermés au Théâtre gallo-romain de Lyon pour Mahler revu par et .

Entamé à Aix-en-Provence en 2022, le voyage de la Symphonie Résurrection de se poursuit à Lyon. Comment mieux souffler les 80 bougies des Nuits de Fourvière, manifestation se réinventant année après année. Et quelle perspective alléchante pour le vidéaste et le scénographe français, après leurs magistrales réussites niçoises des opéras de Philip Glass (Akhnaten, Satyagraha), leur participation aux images marquantes de la Cérémonie des Jeux Olympiques de Paris, leur défi relevé haut la main des Demoiselles de Rochefort au Lido. Dans le domaine de la vidéo, a déjà beaucoup fréquenté le monde de l’opéra (un Doctor Atomic récompensé à l’Opéra du Rhin). Fondateur de deux structures (le Studios BK pour ses collaborations scéniques ; le Studio A+E pour ses créations personnelles), il est aujourd’hui salué en personne providentielle d’une époque souvent condamnée aux vaches scénographique maigres. Et c’est donc la mémoire toujours lestée de la formidable Résurrection mise en images par Romeo Castellucci pour le Festival d’Aix, et avec une immense attente que l’on gravit la colline de Fourvière.

A l’instar de Castellucci, ressuscite le héros mahlérien dans le monde d’aujourd’hui. L’implacable Allegro maestoso initial montre un homme perdu dans les volutes d’un éther vaporeux, dont on va suivre les pas errants dans un monde en guerre aux ruines débordant parfois le cadre de scène. Apres cette impressionnante entame désespérée qui aura montré le héros de cette nouvelle Résurrection diffracté par une explosion, les deux numéros suivants sont des oasis. Délesté de tout narratif, l’Andante livre le spectateur à la seule contemplation d’une pluie bleutée déversée sur le long mur de perles qui, depuis le début, transforme le plateau en écrin des forces orchestrales. In ruhig fliessender Bewegung affichera le même spartiate visuel (des nuées automnales accouchant d’une déflagration) jusqu’à ce qu’Urlicht ne ressuscite le surhomme de Guiol, toujours égaré dans son paysage de désolation, et que, pour le long finale, la lumière (deux hémicycles de cierges luminescents d’abord vacillants autour du parterre et derrière le choeur) ne vienne contredire ce magma de la souffrance existentielle.

L’extraordinaire finale de Mahler, un des plus beaux de toute l’Histoire de la Musique, n’inspire guère le coup de crayon et la narration, bien trop répétitifs. Et il faut se rendre à l’évidence : le chef-d’oeuvre musical n’aura pas accouché du chef-d’œuvre visuel escompté. Le jeune vidéaste a-t’il eu les moyens de son ambition initiale ? Le surgissement final de la lumière (à l’impact qu’on imagine accru vu en surplomb et de face) ne vise que le plateau et le parterre alors qu’on l’aurait volontiers imaginé, comme à Nice pour Satyagraha, inclure les quatre milliers de cœurs battants vibrant sur les gradins brûlants. laissait son spectateur en larmes, Etienne Guiol l’aura seulement transformé en auditeur attentif.

Le geste spectaculaire de retrouvant son orchestre et ses choeurs de l’Opéra de Lyon est inféodé à une sonorisation qui offre des cordes bien tranchantes, des bois très présents, des pizzicati décidés, une harpe proche comme jamais mais qui n’a pas remarqué que le fouet est mine de rien un marqueur important du troisième acte de cette symphonie opératique. Quand aux cuivres, sonorisation ou pas, ils n’apparaissent clairement pas, et jusqu’au bout, dans leur meilleur jour. Les deux solistes (, Kai Ruütel-Pajula) et le choeur, bien captés, expriment parfaitement ce que l’humain peut avoir de meilleur. Enfin, le vrombissement tellurique de l’orgue, magnifiquement rendu, tient la dragée haute à la majesté millénaire du lieu.

Un héros que l’on met en terre, ses souvenirs heureux, son dégoût du monde, l’effroi du Jugement dernier, l’espoir de la résurrection d’une existence meilleure : Mahler avait eu besoin de ce programme pour aiguillonner l’élan créateur qui allait accoucher de sa deuxième symphonie, avant de tout faire pour s’en débarrasser ensuite, concluant que la musique achevée se suffisait à elle-même. C’est un peu le constat forcé que suggère cette soirée à laquelle on concédera toutefois le défi relevé d’avoir révélé à tous une œuvre accessible à tous, dont l’absolue perfection aura soulevé l’enthousiasme de son auditoire. Naguère derrière Beethoven,  aujourd’hui en première ligne des grands rassembleurs symphoniques, on se dit une fois encore aux Nuits de Fourvière que Mahler avait vu juste quand il prophétisait : Mon temps viendra.

Crédit photographique: © Juliette Valéro

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