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À Munich, une Walkyrie amusante plombée par la direction de Vladimir Jurowski

Après un formidable Or du Rhin, on déchante avec une mise en scène plus spirituelle que révélatrice, et surtout avec un orchestre au point mort.

Il aura fallu attendre plus d’un an et demi pour voir le nouveau Ring forgé par à Munich arriver enfin à sa seconde étape : après un brillant Or du Rhin à peine moins réussi que son Tannhäuser historique à Bayreuth, voici donc La Walkyrie en ouverture du festival estival de l’Opéra de Bavière. La réussite d’ensemble, disons-le d’emblée, n’est pas aussi manifeste, mais Kratzer lui-même n’en est que très partiellement responsable.

Les choses sont moins réussies pour tout ce qui concerne la musique. On pourrait être sévère sur la distribution, qui n’apporte aucune révélation, mais c’est surtout la fosse qui déçoit. On s’ennuie hélas terriblement avec la direction de , un chef pourtant si souvent passionnant. Les chiffres nous donnent tort : sa direction nous paraît souvent si lente que se réveillent les souvenirs cruels du Ring dirigé au Châtelet par Christoph Eschenbach il y a deux décennies, ce qui n’est pas peu dire ; pourtant, il reste en-deçà des quatre heures de musique, à peine plus lent que bien d’autres. C’est donc que le problème est ailleurs : certes, Jurowski tend à accélérer tous les passages purement orchestraux et à ralentir les différents récits et monologues qui structurent la partition, mais c’est sans doute dans la préparation des chanteurs qu’un travail d’appropriation des rôles et des mots n’a pas abouti.  L’acoustique de Munich permet très souvent de comprendre directement ce que chantent les interprètes des opéras de Wagner, ce qui est précieux, mais ce n’est hélas pas le cas ce soir, ce qui est révélateur.

La distribution est dominée sans mal par Nicholas Brownlee en Wotan, et ce alors même que les conséquences de la canicule en cours pèsent sur sa voix, comme on nous l’apprend avant le troisième acte. Sa voix est celle d’un vrai Wotan, ce qui n’est pas rien ; si le personnage n’est pas encore vraiment là, c’est d’abord à cause du contexte général. n’est pas loin de ces qualités et de ces limites ; elle donne à sa Brünnhilde un allant juvénile qui n’est pas mal venu, fût-ce au détriment de la qualité vocale et de la précision, à l’exact opposé des beautés instrumentales à la Flagstadt, ou à la Nina Stemme. Une direction plus attentive l’aidera sans doute à l’avenir à affiner cette approche prometteuse. Le couple des jumeaux est particulièrement affecté par le travail insuffisant sur le texte qui marque toute la représentation : si a la voix du rôle et ne ménage pas ses efforts, l’émotion n’est pas là. , lui, est nettement en difficulté et manque terriblement de lyrisme. L’Acte I qui devrait passer comme l’éclair en devient laborieux ; ni en Hunding, ni ensuite en Fricka ne parviennent à donner du relief à leurs personnages. On a entendu tellement mieux sur cette scène.

Avec une interprétation musicale plus aboutie, nul doute que la mise en scène de aurait beaucoup plus d’impact. Tout ce qu’il montre et fait comprendre au cours de la soirée est juste, intelligent, bien réalisé, souvent touchant, et sa capacité à utiliser l’humour comme révélateur est décidément unique dans le monde théâtral aujourd’hui. Mais son Tannhäuser, son Or du Rhin avaient une force de révélation que cette Walkyrie n’a pas. On s’amuse bien sûr au premier acte de cette maison forestière années 80 qui sent le conformisme petit-bourgeois à plein nez, avec son autel à Fricka comme on en trouve encore partout dans la campagne allemande (mais pour un autre dieu), et son autel domestique auquel Hunding fait sa prière – il s’agit d’une reproduction miniature de l’autel qui terminait L’Or du Rhin, mais on ne le voit guère que depuis les tout premiers rangs. Pendant les récits des Wälsungen, un film en noir et blanc montre l’idylle enfantine évoquée par Siegmund, mais aussi la catastrophe, avec la maison en flammes. Le décor, ici, c’est l’essentiel. Une direction d’acteurs efficace mais sans surprise et des costumes à l’ancienne ralliant les attentes du public (supposément) conservateur ne parviennent pas à lui voler la vedette.

L’acte II s’ouvre par une surprise : le décor est… exactement le même. Dès que Hunding est parti, Fricka et Wotan investissent les lieux, la première entreprenant de découper le mouton offert en sacrifice par Hunding. Heureusement le décor évolue : d’abord une chapelle, puis la maison que nous avions vu brûler sur l’écran à l’acte précédent – c’est sur ce qui reste du lit carbonisé des enfants que Sieglinde cauchemarde. Au début de l’acte III, ceux qui sont venus pour entendre les Walkyries fendre l’air en sont pour leurs frais : le film projeté amuse tellement le public qu’on n’entend plus rien – dans la mise en scène précédente, celle d’Andreas Kriegenburg, le « ballet équestre » avait au contraire rendu furieux une partie du public, bien à tort, mais le résultat était le même : on n’entendait rien. On voit les Walkyries aller ramasser des cadavres, à cheval, au grand galop, dans le Munich d’aujourd’hui, et on voit même le ministre bavarois de la culture en spectateur ahuri. Le décor est cette fois une reproduction d’un des foyers de l’opéra de Munich lui-même, ce qui est amusant mais franchement vain ; il n’y a qu’à la fin, quand un film fait un lien entre le feu qui entoure Brünnhilde et celui qui a détruit la maison des Wälsungen, sous le regard complice de Fricka et de Loge (joué sur scène par Sean Panikkar, qui avait chanté le rôle dans L’Or du Rhin), tandis que Donner, Froh et Freia font eux aussi une apparition. Il faut espérer que Siegfried parviendra à construire une continuité plus grande, ou du moins un sens commun à ce que L’Or du Rhin avait si bien commencé.

Photos : © Monika Rittershaus

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