Le Ballet national de Marseille dirigé par le collectif (La) Horde présente sa nouvelle création au Corum dans le cadre du festival Montpellier Danse, une pièce pour 12 danseurs et danseuses intitulée Après moi le déluge.
Le collectif composé de Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel est connu pour composer de grandes pièces monumentales avec les danseurs du Ballet de Marseille. Pour ce troisième opus après les succès internationaux de Room With a View (2019) et Age Of Content (2023), c’est peu dire qu’ils étaient attendus par le public du Corum de Montpellier pour la première mondiale.
Comme à leur habitude dès le titre on se dit que la pièce va installer un univers et tenter de raconter des états du monde d’aujourd’hui ou de demain. Raconter c’est bien le mot car pour cette pièce (La) Hprde a fait appel à l’un de ses maîtres d’inspiration, l’écrivain proche de la science fiction Alain Damasio. Pour parenthèse le nom du collectif s’inspire en partie du livre La Horde du contrevent de Damasio. L’auteur apparaît au générique comme regard extérieur sur la création.
Et c’est bien de son univers qu’il s’agit. Une sorte de retour vers le futur, sorte de dystopie dansée au bord du gouffre. D’entrée de jeu, le public est emmené dans une temporalité explosée. Dès l’ouverture de la salle, danseurs et danseuses semblent figés dans leurs mouvements derrière un rideau transparent. Au fond de la salle du Corum, l’installation du public, filmée juste avant, est projetée sur toute la largeur de la scène. Les danseurs et danseuses saluent dos au public réel. Comme si la pièce se terminait. Puis le son s’emballe, s’inverse, tout comme les gestes des interprètes. Une sorte de rembobinage de l’action. Les codes du cinéma ne sont pas loin.
La projection de l’image de la salle disparaît du fond et à partir de là danseurs et danseuses nous entraînent dans des univers complexes et chargés. Ils nous invitent à plonger dans les entrailles de cette histoire.
La scène se lève en biais, laissant place à un bassin duquel émergent des personnages masqués, âgés. Au dessus, le plateau, devenu plafond, est troué. Une longue séquence se développe dans cet univers. Un corps inerte de danseuse est soulevé par deux interprètes, sortes de Marie-Madeleine aux très longs cheveux roux, qui la portent de façon christique jusqu’à ce qu’elle reprenne vie. Rêve d’une éternelle jeunesse ?
(La) Horde enchaîne ainsi les images à l’aide d’une scénographie très présente, tout comme les propositions musicales de Pierre Aviat qui naviguent entre hard rock, électro ou ambiances très descriptives. Au milieu de ces univers, les danseurs et danseuses tentent de se faire une place, se déplaçant souvent en meute. L’un jette l’autre, le pousse pour prendre sa place dans le groupe. Loin d’une volonté annoncée de prendre soin de l’humain, ces thématiques sont très présentes dans l’œuvre d’Alain Damasio. Mais la multiplicité des univers de l’écrivain est peut-être un peu trop complexe à rendre lisible sur une scène. Le foisonnement des séquences demande sans doute un rodage au fil de la tournée annoncée, notamment à Marseille, Paris ou Lyon lors de la prochaine saison.
Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel se revendiquent autant réalisateurs et plasticiens que chorégraphes. Voilà pourquoi ce théâtre d’images fabriquées avec une riche mécanique de scène, décors, vidéo et environnement musical parle à un public d’aujourd’hui. Il véhicule un univers bien sombre, très loin des autres collaborations si lumineuses du collectif avec des stars de la pop. À l’instar des tableaux proches de grands numéros de comédies musicales du LUX Tour de la chanteuse catalane Rosalia imaginés par (La) Horde, et actuellement en tournée mondiale.
Photos : © G. Astier Perret
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