Dans le cadre intime et inspirant du Musée Michel Ciry à Varengeville-sur-mer, la soprano Vannina Santoni et le ténor Julien Dran ont livré un récital d’airs d’opéra, pétri d’émotion.
Alors qu’on vient de les entendre tous deux dans le Faust de Gounod dans sa version originelle de 1859 à l’Opéra Comique, Vannina Santoni et Julien Dran se retrouvent à l’affiche des Musicales de Normandie, pour un florilège d’airs et de duos d’opéra français et italiens. Dans le cadre du Musée Michel Ciry, au carrefour des arts entre musique et peinture, l’exercice périlleux et souvent quelque peu décousu du récital prend ce soir une dimension intime, humaine et émotionnelle intense portée par la complicité évidente entre Vannina Santoni et Julien Dran, exaltée encore par l’accompagnement de Florence Boissole au piano.
Le concert s’ouvre sur le duo mouvementé d’Adina et Nemorino extrait de L’Elixir d’amour de Gaetano Donizetti, l’occasion d’apprécier d’emblée la complémentarité des voix, la diction parfaite et l’engagement scénique percutant des deux chanteurs.
Si le célèbre air de Tonio de La Fille du Régiment du même Donizetti offre à Julien Dran la possibilité de faire montre de son timbre radieux et nuancé, de son insolente projection avec des aigus triomphants (contre-ut multiples), la Lamentation de Federico extraite de L’Arlesiana de Francesco Cilea et l’air de Nadir « Je crois entendre encore… » extrait des Pêcheurs de perles de Georges Bizet confirment un sublime legato et de très beaux aigus filés.
Vannina Santoni, quant à elle, met en exergue toute la superbe de son ramage dans trois airs emblématiques révélant les différentes facettes de son chant : un legato poignant, un timbre suave, une émotion prégnante et dramatique dans un des deux airs de Liu tiré de Turandot de Giacomo Puccini, un large ambitus et une incarnation scénique superlative dans l’air des bijoux du Faust de Gounod à laquelle succède une interprétation véritablement habitée de Casta Diva, tiré de Norma de Vincenzo Bellini arguant d’une pureté et d’une souplesse de la ligne confondantes, chargée d’une émotion à faire pleurer les pierres qui n’est pas sans rappeler une certaine Callas.
Deux duos concluent dans la joie ce beau récital « Toi ! Vous », extrait de Manon de Jules Massenet et « Parigi, o cara » tiré de la Traviata de Giuseppe Verdi, auxquels s’ajoutent deux bis : « Maria » De West Side Story et l’inévitable « brindisi » de la Traviata.