Dans son premier album en tant que soliste, Christine Wu propose un récital assez ardu, au violon et à l’alto, allant du contemporain au baroque, sans réellement convaincre.
Lauréate du Berlin Prize for Young Artists, la violoniste et altiste Christine Wu n’a pas choisi la facilité pour son premier album sous son nom. Une audace à saluer même si le résultat n’est pas tout à fait à la hauteur de l’ambition.
Recollection(s) (Souvenir(s) en français), se veut une réflexion sur la mémoire et le temps à travers un récital au violon mais également à l’alto solo, partant du plus contemporain (Joan Tower, Jeffrey Mumford, Kaija Saariaho) pour arriver au baroque (Johann Sebastian Bach), en passant par le modernisme le plus âpre (Igor Stravinsky et Mieczysław Weinberg). Un récital exigeant donc, où Christine Wu révèle l’excellence de sa sonorité, ample et précise, aussi bien au violon qu’à l’alto, mais trop souvent bridée par l’envie de bien faire.
Il est vrai qu’il n’est pas facile de se « lâcher » dans un programme aussi ardu. Le Wild Purple de Joan Tower (née en 1938) qui ouvre l’album est une pièce débridée et sauvage pour alto, où la notion de « mémoire » semble bien fluctuante. L’austère Noctune pour violon composé en 1994 par Kaija Saariaho (1952-2023) est bien une œuvre sur la mémoire. En l’occurrence celle du compositeur Witold Lutoslawski, disparu l’année de composition de cette pièce demandant une extrême concentration. Christine Wu est beaucoup plus à l’aise dans ces instants de pure poésie. Avouons n’avoir guère été ému par Eight Musings…Revisiting Memories (2005) pour violon de Jeffrey Mumford (né en 1955). Le compositeur américain revisite sa propre mémoire à travers huit miniatures, variations sur ses œuvres passées. C’est assez théorique et épuisant, la violoniste devant elle-même se débattre avec moult doubles harmoniques et triples cordes. Retour à l’austérité avec l’Elegy pour alto d’Igor Stravinsky. Cette pièce émouvante est aussi un hommage à la mémoire de Bach à travers sa fugue centrale.
Le disque s’achève sur deux œuvres nettement plus consistantes. Tout d’abord la Sonate pour alto n°2 op.123 de Mieczysław Weinberg. Le compositeur russe d’origine polonaise interroge dans cette œuvre tardive (composée en 1978) sa propre mémoire, celle de l’anéantissement de sa famille dans la Shoah, son emprisonnement dans les geôles russes. Il n’y a donc guère de lumière dans cette sonate âpre tournant avec insistance autour d’une même formule rythmique. Christine Wu se révèle une interprète aussi sévère que l’œuvre, là où un peu de respiration aurait été nécessaire.
La même critique est à faire pour la célèbre Chaconne de la Partita n°2 pour violon de Johann Sebastian Bach qui clôture l’album. L’œuvre est un chemin de spiritualité, une véritable cathédrale pour archet et quatre cordes, amenant à la transcendance. Propre, correcte, la version de Christine Wu n’offre aucune aspérité, parfaite dans sa scolaire évidence. Mais de transcendance, point. Dommage pour un premier album qui révèle un indéniable talent, une belle sonorité, mais qui devra encore un peu murir.