- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Les voix de Patrick Marcland autour d’un poème de Leopardi

Alors qu’on le connaît plutôt par les œuvres orchestrales, destinées à la danse et au théâtre musical, (né en 1944) vient de publier un CD de musiques vocales autour du poème L’infinito de Giacomo Leopardi.

Alors qu’on le connaît plutôt par les œuvres orchestrales, destinées à la danse et au théâtre musical, (né en 1944) vient de publier un CD de musiques vocales autour du poème L’infinito de Giacomo Leopardi. Pièces pour voix solo ou pour trois voix de femmes, ce cycle intitulé précisément L’infinito reprend les œuvres du CD Sanguine (du nom d’un spectacle chorégraphique dont étaient issues les pièces) publié par « La musique en Circuit » en 1998, et propose une nouvelle version live et complétée de l’une d’entre elles. Tournées résolument vers la poésie et l’idée de cycle, ces sept pièces essentiellement a cappella, explorent de différentes manières le poème de Leopardi, tout d’abord en le faisant dire par une récitante (Patrizia Lo Sciuto) avec trois voix chantées et sons fixés (La poesia, etc.), puis en l’exposant intégralement avec la voix chantée de (L’infinito), et en revenant ensuite successivement sur différentes parties de ce poème (Sempre caro… ; Dedendo e mirando… ; Sovrumani silenzi) à trois voix chantées (, , , sous la direction d’), et en le reparcourant finalement d’une façon libre, plutôt déconstruite dans une version live et plus récente du Trio L’infinito (Ensemble Opera Nova Zürich avec , Muriel Schwartz et pour cette version complétée) dirigée par
le 25 septembre 2005 à la Musik-akademie de Bâle. Quittant le texte poétique pour laisser les voix terminer sur leurs riches sonorités, la dernière pièce, Souffles, conclut d’une façon plus ou moins bruitiste sur les souffles ou respirations des chanteuses Perraud, Deguy et Lagneau et leurs polyphonies en mouvement lent.

Le projet artistique de Marcland est très cohérent, et il est servi par les voix souples et agiles des deux groupes de chanteuses : tantôt solistes et virtuoses, tantôt exploratrices de différentes techniques vocales ou encore rassemblées sur des harmonies mouvantes. Cet équilibre entre dimensions expérimentales et moments vocaux plus familiers (les vocalises renvoient à des modèles célèbres de l’histoire de la musique) est très agréable et permet au compositeur de proposer une véritable forme cyclique, comme une lecture plurielle de ce poème pourtant assez court (15 vers). L’ensemble de ces pièces prend appui sur la musicalité de l’écriture de Leopardi et de la langue italienne ; le poème lui a fourni « une structure de base, une conduite rythmique et des éléments d’articulation du phrasé pour le texte chanté » (). Bien qu’issu en grande partie d’un projet et d’enregistrements plus anciens, ce réagencement nouveau des pièces vocales et cette actualisation les place dans une forme tout à fait aboutie, et le compositeur considère que « l’œuvre existe seulement maintenant, en quelque sorte ». Avec une très belle œuvre de Sylvie Sarrazin illustrant la pochette, cette nouvelle parution figurera parmi les grandes réalisations poético-musicales des dernières décennies.

(Visited 1 times, 1 visits today)
Partager