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Rentrée en couleurs avec Dutilleux et Ravel au Philharmonique de Monte-Carlo

Pour son concert d’ouverture de saison,  le Philharmonique de Monte-Carlo montre, sous la baguette experte de , son parfait accord avec la musique de Ravel, tandis que fascine en première partie par sa reprise sans partition de Tout un Monde Lointain de Dutilleux.

Même si la musique de est toujours restée à la limite de la tonalité, difficile d’imaginer qu’un artiste puisse maîtriser par cœur et donc sans partition une partie soliste comme celle de Tout un Monde Lointain ! Certes, ce chef-d’œuvre est l’un des concertos pour violoncelle modernes les plus joués depuis sa création en 1970 par Mstislav Rostropovitch et Serge Baudo, et le violoncelliste devant nous aujourd’hui à Monaco l’a lui-même enregistré il y a plus de vingt ans sous la direction de Myung-Whun Chung. Mais tout de même, il faut assurément du génie pour s’y retrouver dans ce flux quasi continu de près de trente minutes et cinq mouvements liés.

Dans les Houles au centre, on voit compter les temps et le chef , invité pour ouvrir la saison de l’, un peu plus se concentrer vers lui pour s’assurer de la parfaite fluidité de l’interprétation. Mais à part  ce petit instant du mouvement médian, le jeu du violoncelliste norvégien trouve une parfaite lisibilité et passionne même dès l’introduction, avec une chaleur à rapprocher de celle qu’il expose lorsqu’il joue le Concerto de Dvořák. Plus encore que dans l’enregistrement de 2005, le Domenico Montagnana de 1723 aujourd’hui dans ses mains exalte une sonorité chaude et boisée, qui déborde dans un vibrato magnifié au milieu des Miroirs, d’où s’illuminent aussi les merveilleux reflets des percussionnistes monégasques.

L’accompagnement au cordeau rappelle déjà que dans cette pièce comme -lorsqu’il est bien préparé- l’ s’adapte parfaitement aux sonorités de la musique française. On regrette juste que dans l’acoustique contrainte de l’Auditorium Rainier III, l’orchestre n’ait parfois pas été plus mis en avant, même si le petit cataclysme d’ouverture du finale s’accorde bien avec le titre Hymnes de ce dernier mouvement. De retour sur la scène après de longs applaudissements, offre en bis la Sarabande de la Suite n°5 de Bach, jouée dans un style tellement proche de celui moderne utilisé pour Dutilleux, qu’elle ressemblerait presque à une ample lamentation contemporaine.

Au retour d’entracte, ce ne sont pas les Suites n°1 & 2 d’abord annoncées au programme, mais bien le ballet complet de Daphnis et Chloé de qui nous est proposé. Même si l’on aurait encore mieux aimé que cette « symphonie chorégraphique » soit aussi chorale -ce que la scène trop courte de l’auditorium sous le rocher ne permet pas- il faut rappeler que la version alternative dans laquelle des parties chantées sont partiellement transcrites à l’orchestre provient de la main même du compositeur.

C’est donc avec le Philharmonique de Monte-Carlo au grand complet, avec les cordes par quatre-vingts et des bois nettement plus subtils et séduisants que ceux de Nice la veille que se développe le crescendo de l’Introduction. Plus d’ampleur n’aurait pas nui au temps fort de cette partie, mais la délicatesse des violons et des harpes pour enchaîner sur la Danse Religieuse ramène aux coloris exploités par Charles Dutoit avec l’orchestre un an plus tôt. La Danse des Jeunes filles est un peu lisse, et celle grotesque de Dorcon peut-être un rien trop construite, mais toutes deux affirment la pâte experte de dans la musique française.

La Partie II glisse dans cette continuité de formes et de couleurs, même si son introduction est sans doute le moment le plus faible du ballet lorsque le chœur en est absent. Il faut donc attendre la Partie III, et son Lever du Jour beaucoup moins défavorisé, pour retrouver la clarté des bois, les trais de violons soignés et l’élévation découverts avec la première introduction. C’est avec encore plus de latitude dans le geste que le chef se retrouve Devant l’autel des Nymphes (sans doute Russes, à en croire le commanditaire du ballet) et nous laisse profiter des derniers beaux instants de ce premier concert de la saison à Monaco.

Crédits photographiques : © Manuel Vitali /

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