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À Montreux, éclatante restauration des Tableaux d’une exposition par Gianandrea Noseda

En clôture du 80e Septembre Musical Montreux-Vevey, l’ sous la direction de reprenait le concert donné la veille et l’avant-veille à la Maison de la radio et de la musique à Paris. Compte-rendu.

Annoncé avec le pianiste Daniil Trifonov, le Concerto pour piano et orchestre n°1 de promettait une soirée d’exception sous la baguette toujours aussi vivace de . Malheureusement, la star russe du piano, victime d’un accident à son domicile au début d’août, a dû renoncer à tous ses concerts jusqu’en novembre prochain. Ainsi, le jeune pianiste s’est vu offrir ce prestigieux remplacement. Lauréat de plusieurs concours, le pianiste autrichien débute sa carrière auréolée de nombreux succès. Sa venue à Montreux revêtait donc un grand intérêt.

Dès les premiers touches de son piano, laisse apparaître une très grande maîtrise technique quand bien même son interprétation nous semble un peu lisse. Derrière lui, l’ se plie à ce jeu sans grandes couleurs mais empreint d’une facture pianistique impeccable. Toucher sensible, puissance, délié, agilité, rien en semble manquer au jeune homme. Rien. Rien, sinon ce grain de folie qui génère l’émotion et  fait tout le sel de  l’interprétation.  Même Noseda, lui si souvent expressif, semble absent. Voilà près d’une demie heure qu’on est entré dans ce concerto et aucune étincelle ne vient éclairer le propos. Quand s’ouvre le Largo, avec son superbe tapis de cordes, on espère. Mais, est ailleurs. Certes le piano est beau, bien agencé, bien joué, mais absent de l’esprit majestueux que voudrait imposer avec discrétion Noseda et l’. On imagine que la vivacité du Rondo, allegro non troppo final réveillera les protagonistes car si la présence du piano semble en effet s’affirmer avec un certain pétillement, la routine bientôt prévaut et tout retombe dans une apparente et regrettable routine. Le public réserve néanmoins un accueil chaleureux à cette pâle interprétation au demeurant bien policée.  Anecdotique même si très sensible, le bis de l’Intermezzo op.117 no. 1 de clôt la prestation de Lukas Sternath.

Mais le meilleur restait à venir…Lorsque, sans partition sur son pupitre, s’empare des Tableaux d’une exposition de Moussorgski, à peine a-t-il levé sa baguette qu’il nous emmène dans une incroyable tension d’écoute. Il fait sienne cette balade autour des peintures de Viktor Hartmann (1834-1873) inspiratrices de l’oeuvre pianistique de Moussorgski génialement orchestrée par Maurice Ravel. Plus rien ne lui résiste. L’atmosphère se tend. Le chef italien nous embarque dans un délire sonore où couleurs orchestrales et rythmes s’entrechoquent entre des nuances de fortissimo et de pianissimo, entre langueurs et brusqueries, entre lumières et ombres. Chaque tableau est, sous sa direction, comme restauré, comme débarrassé des poussières du temps. Par touches subtiles, là, il redonne sa patine au Vecchio castello en sublimant le solo de saxophone alto ; là, en larges brassées, il redonne courage dans ce Bydlo en exhortant majestueusement violons et cuivres ; là encore, dans Catacombae, le bras levé, la main grande ouverte, il convie les tubas (superbes) à l’élévation spirituelle. Quand se profile La Grande Porte de Kiev, l’investissement du chef, la communion d’avec l’orchestre projettent ces ultimes pages dans un ouragan sonore d’une beauté et d’une puissance magistrales. Magique !

Il n’en faut pas plus pour que le public, debout, ovationne Gianandrea Noseda et l’Orchestre national de France (retrouvé) avec, au passage, l’admirable trompette de .

Crédit photographique : Septembre Musical © Céline Michel

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