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Le National de France entre orientalisme et professionnalisme

Pour le deuxième programme de sa dernière saison à la tête de l’, choisit l’Orient face à un ensemble très professionnel, avec au centre le Concerto d’ sous le violon de .

Comme Jaap van Zweden treize jours plus tôt devant le Philharmonique de Radio France, ouvre son deuxième programme de saison avec le National de France à l’Auditorium en reprenant une œuvre contemporaine qu’il a lui-même créée aux États-Unis quelques années plus tôt.

En l’occurrence, il s’agit ici de scènes d’un opéra en cours de composition par ; plus exactement d’extraits interprétés en 2024 à Santa Cruz en Californie sous le titre d’Al Hakawati (Le Conteur). Pour cette première française, le National retrouve la soprano créatrice de l’œuvre, , qui illustre quelques héroïnes des Contes des Mille et une Nuits. Grâce aux éléments découverts à la bibliothèque du Vatican autour du conteur initial Hanna Diyab, le compositeur natif de Tunis revient à la genèse du texte pour en assembler un matériau vocal qui rappelle toutefois trop le style de Britten, dont beaucoup de compositeurs modernes n’arrivent pas à se départir lorsqu’il s’agit de mettre en musique un texte anglais, langue privilégiée au français ou à l’arabe dans cette partition. Le chant lyrique de la soprano cherche alors parfois quelques extrêmes et trouve de beaux coloris dans le médium, sans jamais toutefois apporter de sensualité à une partition qui en reste assez dénuée.

À l’orchestre, la patte d’Al-Zand est plus personnelle, surtout par les ajouts d’un tam-tam et d’un tambourin à la troisième partie. Mais s’il en ressort parfois de belles nuances grâce aux instrumentistes de la formation française, là encore, on ne peut s’empêcher de penser que cette partition ne semble pas particulièrement innovante dans le paysage musical. Et même si l’on peut croire que cette musique mélodique, simple d’approche et parfois proche du jazz, possède un avenir, c’est oublier à quel point depuis un demi siècle nous jouons finalement peu de compositions comme celles de Darius Milhaud, qui n’étaient pourtant pas dépassées à leur époque.

La seconde pièce de la soirée peut permettre d’arguer qu’un refus de modernité a tout de même une chance de pérennité. En effet, par sa composition en 1940, le Concerto pour violon en ré mineur d’ n’est clairement pas une partition révolutionnaire pour l’époque, mais les magnifiques thèmes et la force émotive du second mouvement ont permis à l’œuvre de s’imposer. D’ailleurs, il suffit d’écouter les premières mesures de la prestation de Sergey Khatchatryan sur son Stradivarius « Kiesewetter » 1724 pour s’en convaincre. Malgré une technique intacte depuis plus de vingt ans, le soliste commence cette fois avec un jeu d’archet un peu timoré, voire presque mécanique dans l’Allegro con fermezza. Car dans cet ouvrage, qu’il a enregistré dès 2003 (avec un ancien directeur du National, Emmanuel Krivine) et rejoué plus d’une centaine de fois partout dans le monde, il ne semble plus exposer aucune surprise ni exprimer le moindre doute. Il faut donc attendre que l’Andante sostenuto s’enflamme grâce aux violoncelles et à certains bois, puis un surplus de vigueur à l’Allegro vivace pour profiter à plein de l’interprétation. Lors du bis, Sergey Khatchatryan vient s’aider du premier violon Luc Héry, dont le soutien par une note continue lui permet de développer un thème populaire arménien très touchant.


Avec la dernière pièce du programme, Luc Héry est très sollicité par les nombreux solos du Shéhérazade de Nikolai Rimsky-Korsakov. Et s’il n’y propose pas ce soir les élévations déjà entendus sous les doigts de son ancienne confrère Sara Nemtanu, ni la chaleur des soli du premier violoncelle Raphaël Perraud,  il tient sa partie avec une indiscutable faculté. A la direction, joue comme souvent sur les couleurs, dans cette partition qui profite de la souplesse et de la luminosité des timbres de l’un des plus beaux ensembles français. La gravité des contrebasses et l’éclat des cuivres en ressort dès La mer et le vaisseau de Sinbad ; tandis que dans Le récit du prince Kalender, le premier basson se montre sensible avant un admirable solo du hautbois. En revanche, on regrette une certaine volonté du chef à trop détacher certaines notes, notamment pour les pizzicati des violons et à la harpe dans les dernières parties. Mais ne boudons pas notre plaisir : il faut savoir apprécier la beauté simple de certaines soirées.

Crédits photographiques : © ResMusica

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