« Lumières célestes » met judicieusement en avant le compositeur finlandais Olli Mustonen avec deux œuvres passionnantes et deux pièces de chambre du Hongrois Zoltán Kodály datant du début du précédent siècle. Trois instrumentistes de talent, Ian Bostridge, Nicolas Altstaedt et Olli Mustonen lui-même, sont à la manœuvre.
Olli Mustonen (né en 1967) s’est fait largement connaître comme pianiste et compositeur. Très jeune il découvre le clavecin familial et dès l’âge de huit ans commence à apprendre la composition auprès de son célèbre compatriote Einojuhani Rautavaara. Deux ans plus tard il se met au piano sous l’autorité du renommé Eero Heinonen à l’Académie Sibelius. Le prodige s’envole et donne la première exécution de son propre Divertimento pour piano et orchestre en 1979. Il n’a que douze ans ! En 1984, à 17 ans, il remporte le second prix du Concours de piano Maj Lind. Il enchaîne les réussites à Genève, au Newport Festival aux Etats-Unis (1986), se fait remarquer à Londres (Concerto en sol de Ravel avec l’Orchestre Hallé), il assure une tournée de concerts en Europe avec de prestigieuses phalanges orchestrales. Âgé de seulement 22 ans il est nommé directeur artistique du Festival de musique de Turku en 1989.
En tant que compositeur il produit un Concerto pour piano et orchestre (1981) et une Fantaisie pour piano et cordes (1985). Son style est alors influencé par le néoromantisme de Rautavaara. Il écrit dans un format minimaliste pour les cordes et confie au piano des pulsations rythmiques soutenues. Ses enregistrements favorisent des œuvres plutôt négligées du XXe siècle (Chostakovitch, Prokofiev, Hindemith, Rodion Chtchedrin et plusieurs de ses partitions en 2001 sur un disque Ondine). Il dirige le réputé Tapiola Sinfonietta en 2003 et est nommé directeur artistique et chef principal de l’Orchestre philharmonique de Turku en 2020.
L’écriture de Mustonen est variée, engagée et soutenue par une évidente inventivité dont témoigne largement sa Symphonie pour ténor, violoncelle et piano composée en 2016 et titrée Taivaanvalot (Lumières célestes). Cette remarquable musique est inspirée par le riche legs du passé et par un passage de l’épopée populaire finnoise, le Kalevala, et s’impose par une écriture très singulière sans jamais devenir iconoclaste, confuse ou incohérente. La légende livrée par Elias Lönnrot situe l’action lorsque le Nord capture le Soleil et la Lune avec pour conséquence les habitants du Kalevala plongés dans les ténèbres. La traduction du texte en français et en anglais constitue un plus très appréciable, sûrement perçu par le public d’Amsterdam lors de la création assurée en 2016 dans sa version de chambre (enregistrée ici pour la première fois) par le pianiste et compositeur, le ténor Ian Bostridge et le violoncelliste Steven Isserlis. Ce n’est qu’en 2020 qu’apparaît la version orchestrale alors baptisée Troisième Symphonie. La traduction anglaise de Keith Bosley, merveilleusement abordée par le ténor, amplifie les choix rythmiques et les aspects répétitifs mis en place par Mustonen qui expose et communique les pouvoirs chamaniques de ces chants runiques finnois. L’œuvre ne comporte qu’un seul mouvement magnifié par une mise en pression issue de la confrontation précieuse et insolite de thèmes tantôt lents tantôt rapides. La poésie chantée avec une grande sensibilité par Ian Bostridge illumine cette « symphonie » à la fois émouvante et impressionnante. Dans cet enregistrement le rôle dévolu au violoncelle de Nicolas Altstaedt et au piano de Mustonen contribue à la hauteur de vue de cette musique véritablement brillante et somptueuse.
La deuxième œuvre de Mustonen ici registrée, est une Sonate pour violoncelle et piano d’une quinzaine de minutes écrite en 2006 et dédiée à Heinrich Schiff. La partition, en quatre mouvements contrastés (Misterioso, Andantno, Precipitato, est plutôt abstraite et virtuose même s’il est possible d’y percevoir des stigmates culturels finnois en particulier des touches de mysticisme dans cette interprétation très expressive.
La présence de deux pièces, un peu oubliées de Zoltán Kodály, une Sonatina (1920) et une Sonate pour violoncelle et piano, op. 4 (1909-1910) se rappellent de marques impressionnistes pour la première et de l’influence de la musique populaire hongroise pour la seconde. L’exécution par Nicolas Altstaedt et Olli Mustonen, particulièrement inspirée comme dans les pièces précédentes, contribue à faire de cette gravure une passionnante redécouverte.