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Eschenbach et l’Orchestre de Paris, tradition et renouveau

Après l’intégrale de l’Orchestre National sous la baguette de Kurt Masur en 2003, les neuf symphonies de Beethoven sont de nouveau à l’affiche de la saison 2004-2005 de l’ qui les interprétera d’après la nouvelle édition urtext de Jonathan Delmar parue aux éditions Bärenreiter. Plusieurs chefs invités se succéderont au pupitre (Marek Janowsky, John Axelrod, Guennadi Rojdestvenski, André Prévin) en alternance avec . Le retour aux sources des grands chefs d’œuvre de l’histoire peut surprendre de la part d’un orchestre que l’on a connu plus aventurier dans sa programmation, même si son chef permanent Christophe Eschenbach se plaît à déclarer que « l’ comprend merveilleusement bien la musique allemande et apporte une fraîcheur perdue outre-Rhin ». Pour le concert d’ouverture, ce mercredi 29 septembre, c’est « la Neuvième » qui était au programme, faisant naturellement salle comble à Mogador.

La première partie de cette soirée nous permettait d’entendre une œuvre tout à fait fascinante qui invitait le public à une expérience d’écoute étrange et inédite : Rendering (traduire par « interprétation ») composé entre 1989 et 1990 est le travail de « restauration » de Berio à partir des esquisses de la Symphonie n°10 de Schubert : avec l’effectif de l’Inachevé, Berio orchestre les ébauches du maître autrichien – laissées sous une forme pianistique – dans une couleur schubertienne… mais pas toujours, et « cimente » les parties éparses selon les procédés de restauration utilisés dans les fresques, sans recomposer les endroits dénudés. « J’ai composé un tissu conjonctif qui commente la discontinuité et les lacunes entre les ébauches… ». Ces inserts toujours signalés par le célesta nous font subitement « perdre pied », installe un flou cinématographique dans lequel l’écoute s’immerge délicieusement car « le ciment musical doit être interprété presque sans son et sans expression » précise le compositeur.

En petite formation – idéale pour l’acoustique de Mogador – à la tête de son orchestre joue finement le jeu, négociant les « dérapages » avec beaucoup d’humour et d’à propos sans nuire pour autant à la précision et à la rigueur du discours schubertien, lors de la fugue magistrale du dernier mouvement notamment. Comme Sinfonia ou les Folksongs, Rendering témoigne de la diversité et du pluralisme de l’expressivité que Berio a toujours recherché avec profondeur et en grand humaniste.

Le déploiement choral pour la Symphonie n°9 de Beethoven laissait craindre les effets néfastes de l’acoustique du théâtre et, une fois encore, l’on fut victime du phénomène de saturation du son et de la mauvaise qualité d’écoute de la salle. Plus que le Scherzo et le mouvement lent superbement conduits, le premier mouvement pâtit du manque d’espace de résonance, nuisant à la projection spatiale et par la même à une certaine clarté du discours. Même déception pour le final où les solistes, derrière l’orchestre, ont semblé manquer d’aisance et d’envergure face à un chœur en liesse dont la qualité vocale n’est pas toujours irréprochable. L’orchestre, fort heureusement, sut relancer la machine avec son ultime variation « à la turque » pour mener l’ensemble jusqu’à l’apothéose finale.