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Orphée et Eurydice en roue libre

Festival d’Opéra de Munich

Certaines productions se veulent la signature d’une maison d’opéra. Il en va ainsi de cette Orphée et Eurydice munichoise présentée chaque année, diffusée à la télévision et éditée en DVD (Farao). En effet, ce spectacle cumule deux atouts : il est assez emblématique du style de mise en scène moderne mais assez lisse chère à Sir Peter Jonas, l’intentant du Staatsoper de Munich, et elle fut montée pour l’une des plus grandes Orphée du moment : la charismatique mezzo bulgare Vesselina Kassarova. Le duo de scénographes Nigel Lowery et Amir Husseinpour n’avait nullement convaincu notre collègue Richard Letawe (lire ici sa chronique de Rinaldo à Gand). On était donc un peu inquiet avant ce spectacle d’autant plus que le programme reproduisait des images inattendues comme un jeu vidéo où le pouvoir de la lyre d’Orphée tue un monstre qui retient Eurydice dans les enfers! Heureusement ce spectacle est plutôt sobre et de bon goût. Certes on a droit à quelques couleurs kitsch et à la présence d’un ours géant mais l’ensemble de la scénographie est assez esthétisant comme la scène du début où Orphée et le chœur sont en queue de pie. D’autres moments sont très réussis comme des enfers terrifiants où une armée de marmiton fait rôtir ses victimes dans une cuisine XXL et des plats géants. Seul reproche, il n’était nullement indispensable d’ajouter le ballet en fin d’ouvrage d’autant plus qu’il n’apporte rien à l’action et que la chorégraphie d’Amir Husseinpour est banale et ennuyeuse.

À Munich, même les reprises sans chanteurs connus méritent le détour car le théâtre bavarois sait découvrir de grandes voix. Assurant pour un soir le rôle titre, et alors que Vesselina Kassarova est présente dans la salle, s’impose d’emblée comme une Orphée de grande classe. Le timbre est somptueux, la technique hors pair et la prononciation adéquate. Elle compose un Orphée touchant qui cherche et qui doute. Sans démériter, l’Eurydice de est plus banale. Le timbre n’est pas très charmeur et elle manque de projection en dépit d’une belle musicalité. est un amour exquis dont le timbre cristallin et rond convient à merveille au rôle. Le chœur de l’opéra de Munich, particulièrement actif en cette période de festival, est, comme toujours, homogène et musical. La direction de qui remplace dans la fosse l’honorable mais routinier , réussit la quadrature du cercle. La musique de Gluck est horriblement délicate et elle devient souvent lourde et pompeuse en des mains peu expertes. Mais l’Anglais sait trouver la bonne pulsation et la juste dynamique pour rendre au compositeur tout son éclat. L’orchestre de l’opéra, vif et alerte suit fidèlement chacune de ses indications.

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