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La préhistoire du disque d’orchestre : Édouard Colonne

Ce CD, d’une importance capitale, complète idéalement le double album Cascavelle « Orchestre Colonne – Cent trente ans au service de la musique », et sera une véritable bénédiction pour les amateurs d’enregistrements historiques, ainsi que pour les mélomanes prospecteurs, grâce au bons soins du label entreprenant Tahra et de monsieur Claude Fihman qui a réalisé ses propres transferts à partir de sa collection personnelle.

On sait que le chef d’orchestre français Edouard Colonne (1838-1910) fut le fondateur de l’orchestre qui porte son nom (tout comme Charles Lamoureux, Jules Pasdeloup, Walther Straram et ). Champion de la musique française de son temps ainsi que de Berlioz dont il fit renaître la musique, il donna par ailleurs la première en France de La Walkyrie de Wagner. Mais il fut également un précurseur du phonographe, avec ces 20 faces acoustiques captées vers 1906-07, à une époque où les gravures d’orchestres symphoniques étaient pratiquement inexistantes. Deux autres chefs français suivront son exemple : Camille Chevillard (beau-fils de Charles Lamoureux), et qui grava 8 faces pour la Columbia américaine avec l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire lors d’une tournée aux USA en novembre 1918. Si monsieur Fihman et la firme Tahra pouvaient également publier les gravures de ces deux chefs, ils sauveraient pour la postérité un patrimoine des plus rares et précieux!

Une petite parenthèse : il est bien admis historiquement que ce n’est qu’en 1913 qu’une symphonie complète sera gravée, la 5ème de Beethoven par , alors qu’en fait , relativement moins célèbre, avait déjà gravé pour Odeon à Berlin la Symphonie n° 94 « Surprise » de Haydn en juillet 1912, ainsi que la Symphonie n° 39 de Mozart en septembre 1912 (voir le site allemand Truesound Transfers http : //www. truesoundtransfers. de/Titellisten/TT2109. htm).

Les œuvres enregistrées par Colonne sont très représentatives des goûts de l’époque, et surtout limitées dans la durée en raison des contraintes de l’enregistrement. Pour cette raison, c’est un répertoire relativement léger de grands compositeurs que l’on découvrira ici, avec toutefois des surprises : aux côtés de pièces connues de Beethoven, Berlioz, Bizet, Brahms, Chopin, Delibes, Gounod, Massenet, Mozart, Schubert, Wagner et Weber, il est piquant de constater que nous avons ici les seules gravures de la Scène de Bal de l’opéra Jocelyn de (ce qui change de l’éternelle Berceuse!) et d’extraits des ballets extraits d’Henri VIII de Saint-Saëns et de la Korrigane de Widor, œuvres qui ne sont pas si courantes dans nos salles de concert! Le tout étant bien entendu parfaitement interprété par et son orchestre, avec toutefois des coupures et un orchestre réduit inhérents aux disques de l’époque.

Les gravures acoustiques verticales Pathé sont réputées les plus difficiles à transférer, car selon un curieux procédé, elles sont déjà copies précaires des cylindres originaux et leur qualité sonore est limitée et très variable. C’est d’autant plus remarquable que monsieur Fihman a réussi des transferts sur CD parfaitement audibles, exceptionnels de pureté et respectueux des disques d’origine, sans fausse stéréo ni réverbération ajoutées. En cela, son travail est vraiment digne des maîtres en la matière, Ward Marston ou Mark Obert-Thorn. On peut donc conclure que cette édition Tahra doit être considérée comme référence définitive par l’excellence de sa réalisation.