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Proserpine de Lully, les Dieux de l’Olympe à la Cité de la Musique

Il fallait une bonne dose de courage et un brin de folie pour faire revivre sur la scène nue de la salle des concerts de la Cité de la Musique, dans son acoustique sèche et son sobre décor, une tragédie lyrique de Lully qui ne s’entendait pas, à l’époque de Louis XIV, sans le faste des costumes, le merveilleux des machines et le spectaculaire des entrées de ballet : Un exemple d’art total donc privé ce soir de ses attraits les plus charmants! Reste la musique de Lully servie par le chœur et l’orchestre du Concert Spirituel, rompu à l’esthétique baroque française grâce au travail et à la qualité de leur chef qui relève le défi et nous transporte dans l’Olympe pour nous faire partager, plus de deux heures durant, le divertissement des dieux. Pas de surtitres pour cette version de concert, mais un livret distribué à chaque auditeur permettant d’apprécier à sa juste valeur les qualités littéraires du collaborateur fidèle de Lully, Philippe Quinault qui contribua, autant que le musicien, à hausser ce genre lyrique à la hauteur de la tragédie classique.

Débutant sans prologue après une Ouverture à la française un peu confidentielle mais fort bien menée par , l’action nous plonge dans l’univers mythologique où Cérès voit sa fille Proserpine, enlevée par Pluton, céder aux charmes de la divinité infernale dont elle devient l’épouse fidèle que l’on sait. S’il fallut un certain temps – les deux premiers actes – pour s’immerger dans l’action au rythme quelque peu précipité par la direction d’, l’investissement des chanteurs – un excellent plateau – et la participation active du chœur dans le déroulement des événements parvinrent à captiver l’écoute et à donner une véritable dimension dramatique à cette version de concert. Dominant la scène – c’est à elle que Lully réserve les plus belles pages de l’ouvrage – Stéphanie d’Oustrac donne une épaisseur tragique au personnage de Cérès et nous émeut profondément dans son rôle de mère éplorée. Avec moins de constance mais de beaux accents expressifs, donne au personnage de Proserpine jeunesse et fragilité ; très émouvant également fut le duo d’Aréthuse et d’Alphée – superbes et – cherchant Proserpine aux enfers. Joao Fernandez est une magnifique basse « infernale » dont la voix semble aussi flexible que son cœur.

Renouvelant sans cesse les couleurs de son orchestre dont on apprécie la justesse et la suavité des timbres, Hervé Niquet fait résonner de belles « sinfonie » enrichies pour finir de timbales et trompettes naturelles. Deux guitares, dans le quatrième acte, viennent se joindre au continuo pour charmer les oreilles de Cérès dans le Chœur des ombres heureuses. Saluons pour finir l’excellence du chœur, ce personnage à part entière qui, comme dans la tragédie antique, commente l’action, prolonge les accents dramatiques et crée parfois « l’illusion acoustique » comme dans ce passage en écho du quatrième acte où il appelle Proserpine et nous laisse deviner les profondeurs abyssales des Enfers.

Crédit photographique : © Proserpine, Dante Gabriel Rossetti. © Birmingham City Museum and Art Gallery