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Mozart, Bruckner

Eliahu Inbal fête cette année ses soixante-dix ans. Il a dirigé le 17 mars l’ auquel il est fidèle depuis longtemps. A l’affiche, Mozart et Bruckner.

Le Concerto n°5 pour violon et orchestre de Mozart a ouvert le concert avec . Il fut écrit en septembre 1775 pour cordes, 2 hautbois et 2 cors. Mozart n’a pas encore vingt ans. Ample, avec des mélodies de toute beauté, l’œuvre offre un dialogue violon-orchestre d’une grande finesse, brillant et alerte dans une théâtralité orchestrale séduisante comme l’entrée du soliste sur le bref Adagio en récitatif du premier mouvement ou encore le court intermède turc du Finale. Ce concerto témoigne également de la pratique excellente du violon qu’avait le divin maître de Salzbourg.

Mais, pourquoi cette torpeur étrange, cet ennui soudain ? Pourquoi cette absence de brillant, de grâce, de légèreté ? On n’était ni emporté, ni conquis. La direction d’orchestre manquait singulièrement de dynamique, de rythme, de vivacité. Malgré la précision, le jeu sobre et sûr d’, un dialogue violon-orchestre fort bien construit, on rêvait d’un grand jaillissement de couleurs, de sonorités enchanteresses…

Un Happy Birthday entonné par les instruments de l’orchestre à l’instigation d’Augustin Dumay en hommage au chef et le superbe Adagio en mi majeur de Mozart donné en bis conclurent cette première partie sans rompre une certaine torpeur ambiante.

La deuxième partie fut consacrée à la Symphonie n°7 en mi majeur de Bruckner. Cette œuvre composée entre 1881 et 1883, créée le 30 décembre 1884 à Leipzig sous la direction d’Arthur Nikisch est dédiée au roi Louis II de Bavière. L’immense cinéaste italien Luchino Visconti en a fait la musique de son splendide Senso. Par leur grandeur, leur architecture massive, leur aspiration au sublime, on compare souvent les symphonies de Bruckner à des cathédrales. Cette Symphonie n°7 est un merveilleux hommage à Wagner, celle qui est la plus proche du maître de Bayreuth. L’Adagio a été écrit dans le pressentiment de la mort de son dédicataire. Les thèmes d’une longueur étonnante, son orchestration lumineuse, ses lignes mélodiques d’une beauté inouïe en font une des œuvres majeures de son compositeur.

Cette éblouissante fresque sonore est d’une richesse de couleurs et d’une profondeur spirituelle émouvante. On entre dans une dimension d’éternité apaisante par son aspect méditatif, la beauté des chorals des cordes, cette ascension vers la lumière de vérité. Tout cela exige du chef qu’il entraîne ses musiciens au plus profond d’eux-mêmes pour transcender toute la dimension intérieure de l’œuvre.

Mais, cette intériorité a singulièrement manqué à l’orchestre sous la baguette d’. L’architecture sonore était trop morcelée entre cordes et cuivres. Ces derniers manquaient de rondeur et de chaleur. Trop criards, ils éclataient par rapport aux cordes qui étaient excellentes et le morcellement architectural de la partition se faisait de plus en plus évident au fur et à mesure que l’on avançait dans l’œuvre. Dommage.