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XIVe Rencontres d’ensembles de violoncelles

La comparaison est toujours inévitable dans de tels concerts. Quand deux suites pour violoncelle de Bach vous sont proposées dans un même concert par deux violoncellistes, vous ne pouvez vous empêcher de les mettre en regard. Quand succède à , les défauts du second (qui ouvrait le concert) paraissent évidents face à la maîtrise du premier cité.

Pourtant à n’en pas douter est bien le fruit de l’école française de violoncelle. Issu d’une famille de musiciens plutôt portée sur les instruments à vent ( est flûte solo de l’Orchestre National de France et est pour le hautbois ce que est à la flûte) ce jeune violoncelliste fait preuve dans la Suite n°4 d’un abattage hors pair et d’une assurance de jeu étonnante, face à ce monument de la littérature musicale. , qui avait remis ces suites au goût du jour, avait attendu douze ans de maturation avant de les livrer en public. Les options d’interprétation issues du « mouvement baroque » sont utilisées avec finesse et parcimonie : Refus de tout vibrato, phrasé avec un fort détaché. La sonorité – malgré l’acoustique peu flatteuse de cet auditorium tapissé de velours – reste ronde et pleine, toujours égale.

Mais quand intervient dans la Suite n°5, on sent bien ce qui manquait à celui qui l’a précédé : la maturité. « Défaut » (et encore…) tout à fait relatif et prévisible. Raphaël Pidoux nous livre une lecture profondément sensible et introspective de cette Suite en do mineur, avec un vibrato finement dosé et une articulation toujours claire et précise de son jeu. L’œuvrette de Mozart qui finissait le concert, si elle n’apporte rien à la notoriété de son compositeur, est l’hommage de ces XIVe rencontres au divin Wolfgang qui s’est montré plutôt chiche en matière de compositions pour violoncelle.

Après une série de concerts de haut niveau artistique, le « point d’orgue » de ces XIVe Rencontres devait être la création mondiale de … am Saum des Gedankens… de sur des poèmes de Paul Celan. Le programme est fort enrichissant sur la conception du compositeur à propos de son œuvre : Il fallait faire face aux Carmina Burana prévues en seconde partie de concert, avec toute l’odeur de soufre que comporte cette œuvre. Le choix de Paul Celan n’est pas dû au hasard : Poète d’origine roumaine, d’expression germanique mais résident français de 1947 jusqu’à sa tragique disparition en 1970, il a vu sa famille décimée dans les camps de concentration, dont il est lui-même rescapé. Poète de la déstructuration, à l’image de René Char – mais dans une optique plus morbide voire désespérée – son écriture est cryptée, fractionnées, voire monosyllabique, et comparable en cela à la musique de Webern. C’est justement à ce dernier et à quelques-uns uns de ses descendants (dont ) que se réfère la musique de . L’atmosphère est résolument sombre, dans une esthétique post-expressionniste mais à laquelle il manque … de bons exécutants. L’impression générale de cette création n’a été que grisaille. Le chœur ne s’est visiblement pas senti à l’aise dans cette partition (pourtant d’une écriture peu complexe), les aigus d’Armelle Humbert ne pouvaient que faire souffrir les oreilles du public en raison d’une sonorisation autant inutile que déficiente, quant à l’Octuor, il semblait perdu dans cette immense coquille saint-jacques en béton plus apte à accueillir des rencontres sportives que des rencontres de violoncelles. Une œuvre à remonter et réécouter d’urgence dans de meilleures conditions pour s’en faire une réelle opinion.

Suivent les Carmina Burana. Passons sur les imprécisions des chœurs et de l’orchestre, qui dénotent tout de même un bon travail d’amateurs. Passons sur la sonorisation calamiteuse des solistes, particulièrement criante pour la soprano solo. Si apportait un des rares moments de musique de la soirée, Philip Glennister – qui chante « Ego sum abbas boucaniensis » (je suis l’abbé boucanier) le doigt sur la couture du pantalon – a-t-il compris le sens des textes qu’il est censé interpréter ?

La question est inévitable : Pourquoi une telle œuvre, fruit du musicien officiel du IIIe Reich, en plus difficile et mal écrite ? Il faut faire intervenir les forces musicales amateurs du coin, mettre en avant les échanges inter-régionaux, alterner dans une programmation des répertoires exigeants et populaires. Ceci dit, cela ne répond pas à la question : Pourquoi le choix des Carmina Burana ? 2006 est l’année Mozart non ? Le Requiem ou la Grande Messe en ut mineur peuvent tout aussi bien attirer les foules ! L’évêque de Beauvais aurait peut-être alors accepté que le concert se déroule dans la cathédrale…