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Nelson Freire libère Brahms !

Aux mélomanes qui voient en Brahms un compositeur austère, il faut recommander la nouvelle lecture des deux Concertos pour piano par , dont nous pouvions avoir un aperçu sur le vif le 28 octobre dernier au Théâtre des Champs-Elysées. Là où nombre de pianistes appréhendent le Concerto en si bémol avec beaucoup de sérieux et de retenue, confère son poids de légèreté à cette œuvre aux proportions intimidantes. Musicien, mais aussi pianiste, aborde l’œuvre sereinement, sans la regarder comme un colosse et surtout sans vouloir lui accoler de multiples prétentions métaphysiques. Les thèmes respirent, mus par une liberté éolienne, chaque note n’est plus tutélaire d’une concentration indigeste : l’attention est portée sur la beauté du son et sur la lisibilité. Sont oubliées les surenchères à une polyphonie absconse, ainsi que le poncif de « symphonie avec piano » associé à l’œuvre, ce au profit d’un élan et d’une fougue retrouvés. Son interprétation est un peu l’antithèse de celles de Claudio Arrau, à ceci près que ces deux pianistes présentent la même richesse de son, exempt de dureté.

Quand un pianiste tel que Nelson Freire est soutenu par un orchestre doté d’un corniste capable de débuter l’œuvre sans asséner un énorme couac, rien ne peut nuire au plaisir du spectateur (à l’exception des inévitables borborygmes éructés ça et là). Qu’à cela ne tienne, c’est à une grande leçon de piano qu’était convié un public enthousiaste et ému jusqu’au rappel : du Brahms toujours, avec l’Intermezzo op. 118 n°2, joué avec naturel.

La seconde partie du concert permettait d’entendre une curiosité, le Quatuor avec piano en sol mineur de Brahms dans une transcription pour orchestre d’Arnold Schœnberg. Qu’une transcription soit signée par l’un des compositeurs majeurs du XXe siècle ne peut la légitimer, et en dépit d’une indéniable science de l’orchestration, l’œuvre perd de son intérêt. L’intimisme de la Hausmusik, qui rend cette page attachante, fait place à une démonstration orchestrale qui frise parfois le mauvais goût (notamment le dernier mouvement) : on peut incriminer sans doute pour ses tempi un peu lent et l’accentuation pompeuse de certains thèmes. Cependant, l’orchestre, investi, maîtrise à merveille une large palette de nuances qui lui permet de formidables crescendos : les applaudissements répondent à la haute voltige conclusive.

Crédit photographique : © DR

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