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Bataille glaciale

Sokhiev dirige Rachmaninov et Prokofiev

N’hésitant pas à braver les premiers frimas – qui n’ont rien de sibérien par ici, soyons honnêtes – les toulousains s’étaient déplacés en nombre pour ce programme russe, certes populaire mais fort séduisant. Populaire, mais pas sans surprise, d’ailleurs, avec cette cantate plutôt rare, au concert du moins, de Rachmaninov sur un poème de Nicolas Nekrassov. Belle œuvre, aux accents presque parsifaliens dans le finale, très bien défendue par le baryton Gary Magee, admirable voix sombre et présence certaine. Les chœurs y ont d’ailleurs donné leur meilleure prestation, dans une écriture sans doute moins exigeante ou, en tout cas, moins typiquement russe que chez Borodine ou Prokofiev. Car les Danses Polovtsiennes, œuvre faussement folklorique et réellement délicate, ont montré les limites de l’Orfeon Donostiarra, vaillant et appliqué sans doute, mais tout de même un peu diaphane pour ce répertoire. Et puis, Tugan Sokhiev a amorcé cela étrangement, dans une sorte de hoquet rythmique, et la suite a montré quelques parti pris étranges, entre maniérisme et précipitation.

Alexandre Nevski, si attendu, musique belle, sauvage, âcre – on est tout près de la Suite Scythe – a montré les mêmes limites. Le chœur, d’abord, manquait de la puissance incantatoire, brute, indispensable. Puis la direction très séquentielle de Tugan Sokhiev, le soin maniaque mais très prémédité apporté au détail ponctuel, ont constamment brisé l’élan dramatique général. La Bataille sur la glace, ainsi, procédait par accélérations brutales et trop visiblement attendues, qui donnaient l’étrange impression d’un changement de vitesse subit là où l’on attendait une grande coulée dramatique. Eclaté en une multitude de détails instrumentaux, « Lève-toi peuple russe » prenait un tour sautillant, presque guilleret, qui contrastait malheureusement avec la véhémence du texte. Défauts d’autant plus remarquables que l’orchestre ne s’est pas montré impeccable, avec quelques problèmes de mise en place rythmique. Excellente Ekaterina Semenchuk, par contre, au timbre profond et chaleureux, très séduisant, au chant expressif.

Bref, quel que soit son talent par ailleurs, Tugan Sokhiev a déçu dans cette œuvre difficile par son manque de vision d’ensemble et de sens de la construction dramatique, comme si, encore une fois, le souci de précision, d’ailleurs parfois prise en défaut, bridait toute spontanéité au profit d’une méticulosité en fin de compte bien prévisible.

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