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Paris est une fête avec La Veuve joyeuse

L’Opéra National de Montpellier rassemble pour son spectacle de fin d’année le meilleur de ses troupes avec son jeune chef d’exception, l’habile metteur en scène de Noces de Figaro à succès, l’indispensable Noëlle Geny pour emmener les chœurs, et, sur scène, , qui fut à Montpellier un délicieux Oscar du Ballo in maschera de Verdi, entre autres chanteurs habitués de la scène lyrique montpelliéraine, comme , ténor de valeur, et Patricio Saxton.

«Depuis qu’Eve écouta le malin, commença l’éternel féminin…» Du septuor des diplomates jusqu’aux saluts où notre chef chante le refrain à tue-tête, La Veuve joyeuse s’évertue à plaider la cause des malheureux hommes victimes d’un être incompréhensible mais à qui ils ne savent résister : la Femme. Et derrière l’apparente légèreté de la célébrissime opérette, qui montre un monde clos sur lui-même, les valses sucrées de la Vienne éternelle et un Paris stéréotypé, aux plaisirs canailles, derrière ces airs si connus et vite mémorisés, apparaissent les premières failles du régime austro-hongrois. Celui-ci est encore un vaste empire dont les beaux jours sont révolus et dont les territoires annexés commencent à revendiquer leur indépendance. C’est du moins ce qu’a souhaité montrer , en plaçant sa production à la veille de la première guerre mondiale. Dès lors, les millions de Missia Palmieri ne sont pas seulement convoités pour sauver le royaume d’opérette de la banqueroute mais surtout pour pouvoir armer le pays en vue d’un soulèvement. Comme pour ses Noces – on ne change pas une équipe qui marche – c’est à Michael Scott que sont confiés les décors et costumes, somptueux, et à Wolfgang von Zoubek d’habiles lumières.

Dans le rôle-titre, déploie de belles couleurs et un timbre cuivré, parfois étonnamment sombre pour une Fiordiligi, mais qui sied bien au rôle et permet une bonne caractérisation vocale face au personnage de Nadia. Cette dernière est ravissante, et bien servie par la voix fraîche et bien phrasée de . Patricio Saxton lui fait la cour dans un français encore marqué par l’accent mais vite racheté par la chaleur et les belles couleurs du timbre. incarne un Danilo de prestance, et séduisant sinon toujours idiomatique. Grégoire Guérin et sont les rivaux hâbleurs et bien chantants que l’on attend ici tandis que Frank T’Hézan et l’hilarant complètent idéalement ce personnel d’opérette.

montre une société qui s’étourdit dans la fête, afin de ne pas voir les dangers qui la menacent. L’annonce de la mort de l’archiduc héritier François-Ferdinand, que la metteurre en scène intègre au troisième acte, introduit un moment de gravité avant que tous ne soient à nouveau repris dans le tourbillon musical de Lehar. Ce faisant, elle parvient à apporter un éclairage nouveau à une opérette légère, tout en sacrifiant au Paris champagne, grisettes, Maxim’s et french cancan attendu.

Crédit photographique : © Marc Ginot / Opéra National de Montpellier

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