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Violetta chez les nazis

L’histoire nous a démontré à maintes reprises que toute dictature était néfaste pour le genre humain ; nous sommes désormais convaincus qu’il en est de même pour le genre opératique lorsqu’un metteur en scène abuse de son pouvoir et impose ses quatre volontés dans un diktat imbécile. campe ses personnages pendant l’occupation allemande. Parmi les invités du premier acte, les inévitables brassards des officiers nazis arborant leur croix gammée. Quel en est l’intérêt puisque nulle part ailleurs dans l’opéra, aucune urgence dramatique ne corrobore un tel choix ? Il ne s’agit pas ici de s’insurger contre toutes les transpositions à l’opéra ou de mettre au pilori certaines modifications qui donnent un éclairage nouveau à l’œuvre. Mais ici rien de tel sinon le cadre étroit de la bêtise humaine. Si le cadre apparaît artificiel, le message négationniste qui pourrait en résulter, fait réfléchir. Et qui aujourd’hui pourrait se permettre de perdre la mémoire ?

L’intérieur moderne de Violetta au premier acte, – la scène est coupée en deux appartements – rappelle davantage les ensembles modulaires d’Ikéa dans une esthétique quelque peu léchée. L’idée de dénuer l’espace au dernier acte est saisissante avec un balcon d’où nous parvient un rayon de lumière jetant ses derniers feux sur la scène finale. Enfin notons la chorégraphie de Marco Berriel, exhibant les bohémiennes nues dans un décor surchargé. L’interprétation de dans le rôle de Violetta n’est pas exempte de maladresses. Malgré ses grandes qualités qui en font une artiste rare, elle ne parvient pas à maîtriser toutes les techniques vocales dans un rôle aussi exigeant : instabilité de la voix et des aigus qui détonnent à maints endroits. Mais la femme a la sensualité d’une courtisane, belle à ravir, avec un physique de rêve et une tête qui en fait une Violetta bouleversante scéniquement. Elle parvient à émouvoir par sa seule présence. À chaque intervention, on sent que la femme y met toute son âme. Chant d’amour et de mort, proche du précipice, chant suicidaire, elle brûle les planches tout autant que ses ailes. José Bros paraît un Alfredo amoureux quelque peu tiède à ses côtés. Mais le timbre est fort agréable et son chant est irréprochable. Son personnage gagne en subtilité tout au long des trois actes. Il ne va pas de même pour le baryton qui peine dans son rôle de père autoritaire, au caractère quelque peu ramolli. Dans son air Di Provenza, malgré de longs applaudissements, le vibrato est désormais incontrôlable.

Enfin le chef d’orchestre Jesús López-Cobos, moins routinier qu’à l’accoutume, prend soin d’accompagner les chanteurs avec brio dans une édition très complète. Cela nous fait oublier, en complément de programme, ses propos insipides sur le chef-d’œuvre de Verdi.