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L’Orfeo a 400 ans, et la légende Harnoncourt/Ponnelle/Halmen 30…

Enfin, enfin ! Nous attendions depuis si longtemps cette parution en DVD de l’intégrale Monteverdi par le trio Harnoncourt/Ponnelle/Halmen !

Coup de poing dans l’estomac à l’Opéra de Zürich en 1975, quasi-début de la révolution baroqueuse, nouvel événement lors de sa sortie en vidéo en toute fin des années 80, nous désespérions de pouvoir un jour remplacer nos vieilles bandes usées jusqu’à la corde par de trop nombreux visionnages, par un support plus moderne ! D’autant plus que avait déclaré s’opposer à une nouvelle diffusion, l’interprétation de la musique baroque ayant tellement évolué ces trente dernières années qu’il ne souhaitait pas montrer une version obsolète !

Le chef avait-il raison de bloquer ces reparutions ? Non, mille fois non. Si longtemps après, cette trilogie monteverdienne a très peu perdu de sa sublime beauté. A tout seigneur tout honneur, commençons par l’Orfeo, opéra vénérable qui fêtera ses quatre cent ans cette année, anniversaire sur lequel Resmusica compte revenir longuement.

Ce qui frappe tout d’abord, du strict point de vue musical, est la discrétion de l’orchestre et de sa direction, la pondération des ritournelles, la modération des ornementations. Et c’est néanmoins très beau, d’une sèche et aride splendeur. Comme si, vu par un retour en arrière, et tout ayant déjà été dit, les jeunes chefs d’aujourd’hui tentaient de se faire une place au soleil en multipliant les effets et les trouvailles. Mais il semble qu’Harnoncourt avait déjà tout trouvé, et il y a en lui plus de jeunesse que chez nos jeunes loups actuels.

Du point de vue vocal, sûrement trouvera-t-on de nos jours chanteurs moins raides que Philippe Huttenlocher, Glenys Linos ou Werner Gröschel. Les et autres Gloria Banditelli ont pris la relève. Mais ils ont justement appris de leur aînés, et ceux-ci font montre d’une impressionnante conviction, et d’un soin extrême apporté à leur interprétation. Avaient-ils le sentiment de participer à un moment historique de la musique moderne ?

La mise en scène de et les costumes de n’ont quant à eux pas pris une ride. Le génie est dans une sorte d’allégorie, le décor unique représentant un château médiéval envahi de végétation, les chœurs, au balcon, figurant la noblesse du temps des princes de Mantoue, authentiques-faux costumes noir et blanc, alors que la cour est occupée en première partie par des bergers tout ce qu’il y a de plus pastoral, gilets en peau de mouton, flûte de pan et jambières lacées, couleur gris et pistache. Ils laisseront la place au peuple des enfers, rouge et mauve, dans les catacombes remplies de squelettes, toiles d’araignées et fantômes poussiéreux. La gestuelle, très précise, renvoie à une sorte de fausse vérité historique de style amour courtois et bergerie aimable. L’ensemble est vraiment jouissif.

Ce qui l’est moins en revanche, et semble très daté, est la réalisation vidéo. Il s’agit en effet de films inspirés des représentations, et non de prises sur le vif. Abus de gros plans, allusions trop appuyées, statisme, plombent l’exubérance, la jubilation, la jeunesse de cette production, pierre de touche de la résurrection baroque.

Nous avons fait nos gammes monteverdiennes avec cet Orfeo. Les nouvelles générations de mélomanes devraient pouvoir en apprécier le prix.

Lire les articles sur les deux autres DVD Monteverdi – Harnoncourt – Ponnelle : Le retour d’Ulysse et l’Incoronazione di Poppea.

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