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Yefim Bronfman et David Zinman dans Beethoven

Ce CD Arte Nova est un des éléments de l’intégrale des concerto de Beethoven dirigée par avec l’Orchestre de la , le pianiste étant le partenaire des cinq concertos pour piano ainsi que du triple concerto (avec Gil Shaham et Truls Mørk) et le violoniste Christian Tetzlaff jouant le concerto pour violon.

Les deux premiers concertos pour piano, qui composent ce CD, datent à peu près de la même époque, 1795-1798, et constituent les premières œuvres orchestrales d’envergure de Beethoven, précédant de peu la Symphonie n°1 op 21 terminée en 1800. Si on trouve encore une assez forte influence mozartienne dans le n°2, le n°1 est déjà plus caractéristique du Beethoven à venir.

Comme souvent dans les œuvres « de jeunesse » de Beethoven, les interprètes peuvent choisir une option tirée par le passé, défendue, entre autre, dans les versions sur instruments anciens, ou tournée vers l’avenir, en sachant ce que Beethoven allait composer ensuite. Les interprètes de ce disque sont paradoxalement un peu à mi-chemin, le piano étant franchement « moderne » et l’orchestre, tout ce qu’il y a de moderne dans ses instruments, ayant ici ou là des accents « à l’ancienne », que certains pourront trouver un peu « maniérés ». Curieusement, c’est le Concerto n°1 qui « souffre » le plus de ces accents particuliers, le Concerto n°2 en étant presque dépourvus, sauf dans le final.

Pianiste et chef appliquent exactement les mêmes principes interprétatifs dans les deux concertos, rendant les deux exécutions impeccablement homogènes, avec les mêmes qualités et les mêmes défauts. Côté qualités, la plus évidente est le piano de , tout à fait remarquable d’un bout à l’autre. C’est lui le vrai leader expressif de ces deux concertos, lui qui donne la couleur, l’intensité, la dynamique, le phrasé, la respiration, alors que l’orchestre se contente finalement de l’accompagner. Ensuite l’écoute est plaisante grâce à un tempo très vif – sûrement parmi les plus allants – dans les mouvements rapides. Les deux mouvements lents, respectivement un Largo et un Adagio, ont un tempo plus « classique », qui a mainte fois fait ses preuves et qui fonctionne très bien ici aussi. Enfin les bois et les cors sont impeccables.

Côté défauts, cette version manque un peu de chaleur et de profondeur. Cela vient sans doute de l’orchestre dont les cordes manquent de densité, d’intensité et d’un peu de couleur, surtout comparé à certains orchestres légendaires qui ont enregistré maintes fois ces œuvres. Les violoncelles et contrebasses ont du mal à fournir une assise, une pulsation, un frémissement qui donnent immédiatement une toute autre ampleur à l’interprétation. Et les timbales sonnent plus souvent comme un tambour militaire que comme des timbales beethovéniennes (n’oublions que Beethoven est sans doute le plus grand compositeur de timbales, même si cela est encore plus évident dans ses œuvres postérieures). Tout cela fait un accompagnement orchestral, toute proportion gardée, un peu sec, sans doute accentué par la prise de son qui va dans le même sens. Par ailleurs, si le tempo rapide des Allegro va bien aux premiers thèmes, plus rythmiques, il convient moins bien aux deuxièmes thèmes, plus lyriques et mélodiques, qui de ce fait sont un peu trop vite expédiés ; on aimerait en savourer le charme et la beauté un peu plus longtemps. Sans doute un peu plus de souplesse dans les tempi à l’intérieur de chaque mouvement n’aurait pas nuit.

Globalement voilà deux versions plaisantes mais qui ne resteront pas mémorables, avec un premier concerto moins réussi que le second dont l’Adagio est certainement le meilleur moment de tout le disque, et dont le principal intérêt est le très bon piano de Yefim Bronfman.

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