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La musique de Martin Matalon magnifie le film de Fritz Lang

Metropolis à la Cité de la Musique

Spectaculaire, stupéfiant, fascinant, imaginatif, innovant, visionnaire, les mots manquent pour qualifier à sa juste valeur le chef d’œuvre de Fritz Lang. Avec Metropolis, le réalisateur offre une vraie « vision » cinématographique, qui même quatre-vingt ans après, ne semble jamais avoir eu d’égale : décors et architecture avant-gardistes d’une beauté et d’une épure sidérantes, travail de la lumière et du clair-obscur, cadrage et montage fluides et précis, effets spéciaux subtils, tentation de l’abstraction, intuition de ce que sera le monde de demain, et manichéisme de la pensée politique (la réconciliation allégorique du capital (le cerveau) et du travail (la main) par la médiation du cœur)… Metropolis éveille chez le spectateur des sensations extrêmement diverses, intellectuelles, esthétiques ou purement émotionnelles. Grandiose, magnifique, prophétique, le film de Fritz Lang a marqué son époque : il a même suscité l’admiration de Hitler à tel point que Gœbbels proposera en vain au réalisateur de devenir l’un des cinéastes officiels du régime nazi… A juste titre, Metropolis continue à faire effet aujourd’hui, preuve que le cinéma (de science-fiction notamment) lui est non seulement de beaucoup redevable, mais qu’il n’a jamais réussi à lui seul à le faire oublier.

A l’invitation de l’IRCAM, le compositeur argentin a composé pendant deux ans une nouvelle partition pour le film muet de Fritz Lang, écrite pour 16 musiciens et dispositif électronique en temps réel. C’est cette bande originale, retravaillée pour l’, que la Cité de la Musique nous a proposé ce soir-là, dans le cadre de ciné-concerts ayant pour thème les cités imaginaires.

Les tentatives d’accompagnement musical pour Metropolis furent nombreuses : l’une des dernières en date, celle de Jeff Mills, était un ratage complet : trop simpliste, trop futuriste, trop répétitive et sans personnalité. La bande son de , créée au théâtre du Châtelet en 1995, épouse quant à elle à merveille les images du cinéaste allemand dont elle est bien plus qu’une amplification simpliste : une résonance, un écho de l’émotion filmique. Ce sont des atmosphères, des textures, des amorces de bruitages synchronisés, des contrepoints subtils, des danses orgiaques, des évocations. Des sons machinaux pratiquement ininterrompus accompagnent la majeure partie du film.

Un silence inattendu, extrêmement bien placé, introduit la grande inondation, illustrée par de longues plages envoûtantes : pas d’accompagnement hollywoodien, pas de synchronisation mickey-mousing, pas de sentimentalisme, une approche intelligente et originale. Les possibilités des instruments sont exploitées de la façon la plus sensible qui soit. Batteries ensorcelantes aux timbales, mélodies atonales et recueillies, réverbérées, au violoncelle, pizz Bartók, glissandi hallucinés aux cuivres, distorsions de la guitare électrique, onirisme de la basse fretless. Pour ne rien gâter, le dispositif spatial de la Cité de la Musique nous plonge au cœur du son… On en ressort bouleversé par cette expérience sonore indicible et rare…

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