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Mimì prend les choses en main

La Bohème

Après une saison entière d’abstinence, l’Opéra de Cologne a enfin reprogrammé une œuvre de Puccini. Non pas une nouvelle production, mais la reprise d’une mise en scène signée et datant de 1997. Contrairement à ses habitudes, Decker n’a pas choisi une approche épurée et stylisée, mais a conçu un spectacle plutôt réaliste et donc en phase avec les intentions de Murger et Puccini. Malheureusement, ce que l’on voit sur scène n’est pas toujours en phase avec le texte chanté. Car ici, les quatre bohémiens ont squatté un vieux théâtre qui se transforme en Café Momus au deuxième acte et en une sorte cabaret abandonné au troisième. Si la logique n’est donc pas toujours au rendez-vous (ne citons que l’arrivée du propriétaire au premier acte !), la direction d’acteur et la caractérisation des personnages sauvent la production. Nous avons été particulièrement touchés par le portrait inhabituel de Mimì. Car ici, c’est elle qui prend les choses en main. Consciente de sa maladie – la mort est présente dans ses gestes et sa mimique dès le premier acte –, elle est à la recherche d’une dernière aventure amoureuse. Frêle et fragile, mais d’une ténacité étonnante, campe à merveille cette autre Mimì. De plus, son chant est tellement nuancé et habité que l’on en oublie presque les quelques duretés dans le haut médium.

A ses côtés, – jeune troupier du Staatstheatre de Hanovre – est un Rodolfo un peu gauche, mais fort sympathique. Vocalement, il est encore au stade de la promesse : la voix est belle et l’aigu rayonnant, mais l’émission manque d’homogénéité. Aucune reproche en revanche en ce qui concerne le Marcello de Miljenko Turk. Tout à fait crédible scéniquement, il nous offre également une superbe prestation vocale culminant dans un piano merveilleux à la fin du duo avec Rodolfo. Parmi les autres solistes (tous membres de la troupe de Cologne comme Stundyte et Turk) citons notamment la Musette piquante de , le Colline digne et sonore de et le Schaunard particulièrement prometteur de .

s’avère un bon chef puccinien, à la fois sensible et passionné, et toujours attentif aux chanteurs. Le Gürzenich-Orchester a cependant mis deux actes pour surpasser sa rigueur germanique et trouver le pathos qui convient à cette musique.

NB : Les photos montrent dans le rôle de Rodolfo Ray M. Wade jr, qui avait assuré les premières représentations de cette reprise.

Crédit photo © Klaus Lefebvre