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Boulez dirige le Philharmonique de Berlin à Aix

Inauguré à Aix en Provence le 29 Juin 2007 avec La Walkyrie de Wagner qui ouvrait le Festival, le Grand-Théâtre de Provence profile son architecture imposante conçue par l’architecte italien Vittorio Gregotti entre la ville moderne et le centre historique, et offre désormais un luxueux appareil de diffusion : une salle de 1350 places, tout en carmin et noir, accueillant pour six concerts et quatre représentations de La Walkyrie, le prestigieux orchestre de la Philharmonie de Berlin et son chef Simon Rattle.

C’est qui était à la tête de la phalange berlinoise ce samedi 7 Juillet pour diriger des œuvres dont il s’est toujours fait le meilleur défenseur : celles de l’école de Vienne avec les plus belles pages d’orchestre de ses trois représentants et les Quatre pièces pour orchestre op. 12, de qui débutaient la soirée.

Ecrites en 1912, mais orchestrées en 1921, ces quatre pièces, conçues séparément puis réunies en un même numéro d’opus sous forme de suite symphonique : Prélude, Scherzo, Intermezzo et Marche funèbre, concentrent en quelques minutes l’énergie vitale et les fulgurances sonores qui préfigurent les pages du Prince de bois et du Mandarin Merveilleux. L’écriture incisive et solidement charpentée de Bartók nous fait apprécier les couleurs et l’extraordinaire finesse du pupitre des vents servis par une acoustique très fidèle et enveloppante qui semble, en revanche, ternir la résonance des cordes et nuire à la projection de l’ensemble.

Les Cinq pièces pour orchestre op. 16 d’, dont nous donne une version éclairante mais quelque peu distanciée (était-ce dû aux effets trop absorbants de l’acoustique ?), sonnent avec une gravité presque austère, soulignant l’exigence d’une écriture sans concession, que le maître viennois soumettait alors à son auditoire.

Débutant la seconde partie, les Six pièces op. 6 d’, écrites durant cette même année 1909, constituaient sans aucun doute le joyau de la soirée ; un instant de poésie sonore dans un temps suspendu, dont Pierre Boulez garde le secret, obtenant de son orchestre des textures d’une transparence arachnéenne qui se profilent dans l’espace avec la grâce et la légèreté d’une éternelle barcarolle.

et ses Trois pièces pour orchestre op. 6 : Prélude, Ronde et Marche, dissipaient le rêve pour terminer le concert sur des accents plus véhéments et une matière sonore foisonnante préfigurant parfois la dramaturgie de Wozzeck. Les Berliner Philharmoniker trouve ici l’élan et le relief pour aborder l’une des pièces les plus mahlériennes et les plus complexes de son auteur, articulant, par le martèlement de coups retentissants dans la dernière partie, une polyphonie exubérante dont la virtuosité de Pierre Boulez se joue en maître absolu.

Crédit photographique : © Mathieu Bourgois