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Les nouvelles voies, voix de la création

Voix Nouvelles à Royaumont

Lancement de la série de concerts « Voix Nouvelles » à Royaumont.

Après une mise en bouche électronique faite par (né en 1975) et Musiques Inventives d’Annecy dans le cloître de l’abbaye, devenu pour l’occasion un « électro-cloître », place au premier concert tenu par les excellents Neue Vocalsolisten de Stuttgart.

« Portrait et répétitions » offre un panorama large de la création musicale d’outre-Rhin. Dans Portraits und Wiederholung d’Andreas Dohmen, les chanteurs s’enregistrent eux-mêmes avec leurs dictaphones, avant de repasser en boucle leurs propres voix, créant ainsi des effets d’écho. Chaque interprète possède une caisse claire posée devant lui qui, en vibrant par sympathie, ajoute un effet percussif proche de l’interférence des ondes hertziennes. Pièce inventive sur le jeu des voix et de leurs doubles, mise en musique d’une erratique recherche de station radio sur la bande FM, Portraits und Wiederholung aurait gagné en concision sans un final interminable où seuls les dictaphones « parlent » avant le silence conclusif. Koy, de Charlotte Seither, se veut le pendant masculin de la Sequenza III de Berio, mais malgré les efforts de la remarquable basse Andreas Fischer, l’effet ne marche pas. Avec Was stimmt de Robin Hoffmann nous partons dans un jeu ludique, où se mêlent sifflements, appeaux (parfois un peu trop long) et surtout un jeu vocal improvisé d’après l’identité d’une personne du public (citons-là : Carole Albanèse, administratrice de la partie Danse de la Fondation Royaumont).

« Après cet instant de respiration ludique, Play de nous plonge dans l’ennui profond par son statisme, son immobilisme et surtout son inintérêt – il n’y a eu, Dieu merci, qu’un seul , n’en créons pas d’autres. Enfin Nein allein de Carola Baukholt se situe dans la droite lignée de son professeur Maurizio Kagel : tour à tour irrévérencieuse, bruyante, explosive, agitatrice ou ludique, cette pièce, sous ses effets faciles (« merde » chanté dans bien des langues européennes), n’arrive pas à cacher son manque d’inspiration. Saluons la performance des Neue Vocalsolisten, ensemble vocal spécialisé dans le contemporain, et plus particulièrement de son contre-ténor . D’une concentration absolue tout au long du concert, impliqués dans toutes ces œuvres quel que soit leur intérêt, ils ont donné une leçon de professionnalisme en musique contemporaine qu’on aimerait voir plus souvent.

Le concert suivant est une presque monographie consacrée à . Le déplacement, le jeu avec le public fait partie de la composition, sans aller aux « happy few » des années 60/70. Prélude à Lieu I se déroule dans le cloître, ou tel Hans le joueur de flûte, Sylvain Lemêtre armé de ses mailloches cherche les sonorités sur les colonnes ou le dallage de l’abbaye pour emmener progressivement le public à sa place. Non Lieu I est un jeu d’harmoniques de guitare, (cachée du public avant son apparition), l’instrumentiste déambulant en balançant son instrument tenu par l’extrémité du manche, tout en grattant les cordes à vide, créant ainsi un effet de cloche dans la vrombissante acoustique de l’ancien réfectoire de l’abbaye. La place est faite pour Lieu I, vaste partition de plus d’une demi-heure où les instrumentistes changent de place au gré des mouvements, habitant ainsi l’espace sonore. L’écriture de est d’une inventivité constante, d’une réelle introspection du son – du phénomène sonore – au service de l’inspiration. Les instruments, traités dans leurs retranchements, nécessitent parfois une « troisième main » pour créer des effets sonores supplémentaires (ainsi clarinettiste et saxophoniste s’entraident à créer, par des doigtés impossible à faire seul, de nouveaux sons multiphoniques). Si Lieu I doit nécessairement être repris, se pose la question du disque, qui risque d’aplanir les différentes strates sonores exigées par le compositeur, ainsi que la question de la salle, la disposition frontale traditionnelle limitant les déplacements.

Holz d’ est une pièce plus traditionnelle, véritable étude moderne de virtuosité pour la clarinette (saluons la performance d’Ayumi Mori). L’utilisation de micro-intervalles crée une nouvelle harmonie mise à profit par l’acoustique des lieux. Pêle-mêle de Thierry Blondeau, en revanche, déçoit. Si le ludisme est toujours présent, cette pièce qui se morcelle en parties chaque fois divisées par cinq jusqu’à l’inaudible, ne contribue pas à l’homogénéité du discours. Enfin, on peut légitimement se poser la question des expériences d’instruments de musique fabriqués en déchets recyclés, de Jean-François Laporte. Ses « flying-cans » sont de grandes canettes agrémentées d’ailerons, fixées au bout d’une ficelle et que les musiciens font tournoyer autour de leur tête. La vibration créée émet un sifflement plus ou moins haut et plus ou moins régulier, selon la longueur de corde utilisée et la vitesse de rotation. L’expérience est intéressante, mais devait-elle durer vingt minutes ?

Crédit photographique : cloître de l’abbaye © Angus McIntyre ; Neue Vocalisten, Thierry Blondeau (2000)© DR